Rap conscient : pourquoi les médias n’en veulent plus ?

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« Qui prétend faire du rap sans prendre position ? ». Cette punchline du rappeur Calbo du groupe Arsenik extraite du single « boxe avec les mots », est devenue le slogan des rappeurs engagés. Cette phrase a été reprise par plusieurs rappeurs comme Rockin’ Squat dans « mission », Kerry James « dernier MC » ou encore Youssapha dans « menace de mort » afin de montrer que les artistes ont une responsabilité sociale envers leurs communautés. L’encyclopédie en ligne Wikipédia défini le rap conscient ou rap engagé comme étant un « style de rap se caractérisant par la dimension politique de ses paroles et ses thématiques sociétales, de l’expression d’une parole, d’un engagement et d’une pensée individuelle… ».

De 1980 à 1999, le rap engagé était à la mode avec les précurseurs aux USA comme GrandMaster Flash and The Furious Five avec le single « the message » qui a commencé à dénoncer les inégalités sociales,  Public Enemy qui parle du gangstérisme, le Wu-Tan- Clan, N.W.A  avec son titre très polémique  « F***ck Tha police »,Tupac… En France,  nous avions les groupes comme Assassin, Suprême NTM, Lunatic

 

Et au Gabon, il y avait des groupes qui faisaient rêver plus d’uns à l’instar des groupes comme V2A4, CONSCIENCE NOIRE, SIYAPO’SSI X, MAUVAIZHALEINE pour les plus célèbres et bien d’autres tels que Block Des K-sick , Poètes Fyziks, Black Souffrance, Mudjah Soldiers ou encore les rappeurs CAM, Lanslow Bidzofafazah… Il faut rappeler que presque tous les groupes de rap et rappeurs gabonais des années 1990 faisaient tous dans du rap revendicatif.

… Avec l’apparition de nouveaux styles de rap comme le Gangsta rap, le rap conscient a perdu peu à peu sa valeur. Au Gabon, Le rap conscient se fait rare à la télé tout comme dans les radios. Les rappeurs se disent censurés par les médias. On se demande pourquoi. Bien avant de donner quelques réponses à cette situation alarmante, nous ferons d’abord un bilan des activités des rappeurs engagés ces dernières années.

Les rappeurs engagés brillent de par leur prise de position que les politiques jugent violente. Voilà pourquoi les médias publics hésitent à diffuser les musiques du genre hardcore par contre les médias privés en France comme OKLM TV, OKLM RADIO, SKYROCK (libre antenne) en diffusent. Le cas du Gabon est très différent car nous n’avons qu’une poignée de rappeurs qui se revendiquent être engagés. Alors dire que le rap conscient est censuré ce serait un peu excessif car les puristes sont minoritaires dans le game.

Parmi cette minorité de puristes, le plus connu de tous est sans doute KEURTYCE ESSAMKWASS l’artiste vit actuellement  en chine à Shanghai. Si nous nous concentrons sur son cas, nous  verrons à la fin que ce dernier jouissait d’une certaine visibilité dans les médias puisque ses vidéos sont diffusées dans les chaines télé comme TV+ (l’émission Hit’s on), récemment il avait été reçu à Gabon TV à l’émission Espace Jeune pour une importante communication concernant son dernier concert. Les chaines de radios comme Urban FM ne lui ont jamais fermé la porte au nez.

D’autre rappeur comme MC Essone, dans le cadre de la promotion de son album « MC Culotte Babouche », a été reçu dans différentes radios de la capitale (Urban FM, Radio Ubuntu). Ses deux vidéos (simple et sans complexes  et de 80 à 89) sont diffusées à l’émission la matinale de Gabon Télévision une télévision publique. Les médias en ligne sont les plus ouverts il suffit de visiter les sites de rap gabonais disponibles on trouvera toujours du rap conscient, on pourra par exemple découvrir des rappeurs tels que Kyubi, Andgo & Nguema Ndong  ou encore des collectifs tels que CRC (The Conscious Rhythm Chapte). Tout ceci pour montrer que les médias, à la base n’ont rien contre le rap engagé encore moins contre les rappeurs eux –mêmes.

Le public de son côté apprécie toujours cette musique. Les chiffres des singles en téléchargement libre sur Waze Music sont acceptables. L’album de Keurtyce E  “On Va Tourner la Page”

a eu près de 700 téléchargements et s’est classé 5e dans le top 10 des meilleurs albums téléchargés en 2016. Le single « tournons la page » est en tête du top 20 des singles les plus écoutés  en 2016 sur waze music (plus de 2000 plays). L’album de MC Essone, sur 100 exemplaires sortis, 85 CD vendus actuellement. L’album du rappeur KEN KIZ « mémorial » bien que n’étant pas disponible sur Waze Music, a eu 500 téléchargements et plus de 10.000 plays. Le single « les liens du sang » de  BAK ATTACK, un autre rappeur qui fait ses premiers pas à visage découvert dans le rap socio – politique cumule désormais plus de 6800 vues et l’article dédié au single avoisine déjà les 1000 clics.

Néanmoins, nous remarquons que  les sons hardcore se font rares dans les playlists des radios locales et même à la télé. Cette situation soulève le problème de l’impartialité dans la diffusion des musiques rap. Chaque structure a ses critères de diffusions donc nous ne pouvons pas déduire que si les singles des rappeurs engagés sont absents des playlists de certains medias, c’est qu’ils sont censurés. Par contre nous pouvons citer quelques reproches qu’on fait généralement aux producteurs et surtout les artistes engagés eux-mêmes.

Le premier reproche qui est fait aux artistes c’est la qualité de leurs produits. On aimerait bien savoir qui a dit que faire du rap engagé signifie sortir des singles de mauvaise qualité audio ? Beaucoup de singles ne sont pas diffusés dans les médias à cause de leur qualité audio qui ne répond pas aux normes en vigueur. La musique est une passion on n’en doute pas mais faire la musique demande aussi  de gros moyens.  Les producteurs et les artistes doivent beaucoup investir sur le matériel afin de présenter des produits de qualité.

La routine boom-bap associée au problème de qualité des singles de nos artistes donne un drôle de cocktail. Pour la petite histoire, le terme boom-bap dérive de l’onomatopée assez facilement compréhensible du « boom » de la grosse caisse auquel repond le « bap » du snare (source :Gruntmag).  C’est le groupe A TRIBE CALLED QUEST qui a  le mieux valorisé le Boom- Bap avec le titre « we can get down ».

Nos artistes ont du mal à se séparer du rap traditionnel (boom-bap) car selon eux ça dénaturerait leur authenticité. Et ils se plaignent de leur faible représentativité dans les médias. Ce que ces derniers semblent oublier c’est que le rap évolue d’ailleurs MENELIK, un ancien rappeur français, lors de son passage à l’émission « on refait le rap » sur la chaine BET a dit ceci concernant le rap : « le rap c’est quelque chose qui se transforme selon les générations. On a eu notre époque et les autres ont la leur » (cf. émission « on refait le rap »du 25 février 2017 sur BET ).  Et le rappeur A2H renchérit : «  …le Boom-Bap a fait son temps et est en train de laisser place à d’autres esthétiques ». Alors pourquoi se borner dans une conception non – évolutive du débat Hip-Hop gabonais ? N’en déplaise aux gardiens de la tradition le rap est en perpétuelle transformation et si d’aucuns veulent se faire entendre ils doivent s’adapter aux nouvelles influences musicales tout en étant créatifs. Le rappeur MC Essone nous donne une leçon de Boom-Bap dans “De 88 à 89” feat.  Ken kiz.

Beaucoup de rappeurs engagés se sont adaptés aux nouvelles tendances musicales. En France, nous avons été surpris de voir Kerry James faire de la trap dans le single « n’importe quoi » extrait de son dernier album « Mouhamad Alix ».Rockin’ Squat, leader du groupe ASSASSIN, rap sur un beat Trap dans son nouveau single « le prix ». On va citer le dernier exemple en date c’est le dernier clip de Médine « Grand paris »sorti il y a quelques jours  en collaboration avec LINO, YOUSSOUPHA, SOFIANE, SETH GUEKO pour ne citer que ceux –là. Ils font de la trap dans ce single mais le message reste le même leur posture n’a jamais changé.

Au Gabon, BAK ATTAK est le rappeur “engagé” le plus écouté en ce moment si on tient compte des chiffres.  Il a su adapter son style aux nouvelles tendances musicales. Dans son titre « les liens du sang », il fait du Cloud Rap mais les paroles donnent des frissons. Notre seule inquiétude c’est de savoir s’il tiendra le coup. Le rap conscient mise beaucoup sur le message véhiculé  mais avant de parler de message, on parle d’abord de musique. Cette musicalité est le critère premier pour rejouer une chanson. Nous savons tous que le flow repose sur ce paradoxe ce n’est pas tellement le message qui importe mais comment on l’exprime. Nos artistes engagés gagneraient à nous présenter des produits de qualité. Si vous restez sur du boom-bap alors faites-nous du boom- bap de qualité truffé d’originalité. Dans le cas contraire adaptez-vous aux nouvelles tendances musicales.

Si  le rap engagé est absent des médias gabonais, la responsabilité incombe en grande partie aux artistes eux-mêmes qui manquent de rigueur dans la présentation de leurs produits. Comme nous le disions plus haut, les médias, bien qu’ils affectionnent beaucoup plus la musique commerciale, insistent beaucoup sur la qualité des produits. N’oublions pas que de nos jours la musique est un grand business et aucune entreprise ne peut se permettre de fonctionner sans gagner.

Certains sont réfractaires à dépenser pour la promotion de leur propre projet l’époque de la gratuité est révolue. Alors les producteurs doivent mettre les moyens pour la promotion des albums réfléchir sur les stratégies de communication on n’est pas obligé de passer de radios en radios pour présenter un album. Les réseaux sociaux nous aident beaucoup dans ce sens. Kerry James a récemment  présenté son nouvel album sur Facebook-Live et ce fut un  succès total.

Les rappeurs engagés se plaignent du manque de culture Hip-Hop de la nouvelle génération. On  se souvient qu’à une certaine époque on organisait des ateliers d’écritures au CCF, des exposés sur la culture urbaine. Chaque année, du 23 Avril au 1er Mai a lieu le festival Boom-Bap dans les autres pays pourquoi nos « boom-bapeurs » ne s’approprient pas cette idée ? il ne suffit pas de s’ériger  en donneur de leçon  sur la toile il faut aussi passer aux actes !

Publié le 10/03/2017

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