Le CLASH, de la Street Crédibilité au Marketing

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Personne n’enlèvera au Rap son essence urbaine génétiquement transmise à travers des générations depuis son apparition il y’a plusieurs décennies dans les Blocs du Bronx. C’est pourquoi cette musique est l’expression des réalités de la rue avant tout et avec tout ce qui la caractérise de négatif comme de positif.

D’ailleurs le négatif a souvent pris le dessus avec son lot d’agressivité dans cette musique qui est devenue le moyen d’expression des moins heureux. Car quand on a subi la ségrégation raciale et les violences policières (violences physiques) ; quand on vit sous le seuil de pauvreté (violence économique) et qu’on côtoie des drogués et des criminels (violence morale), le langage qu’on comprend et qu’on parle le mieux c’est celui de la violence.

C’est sous l’effet de la commercialisation que, comme l’église catholique avec les païens, le Rap a adopté d’autres réalités sociales, élargissant ainsi son public et ses messages au delà des milieux défavorisés. Le succès aidant, la richesse avec, l’industrie musicale ne s’est pas retenue de le façonner à l’image d’un produit marketing pour fructifier les coûts publicitaires investis.

Et c’est ainsi que des vocations se sont créées, les messages du Rap sont devenus des codes personnalisables au delà des réalités de ceux qui les ont vulgarisé, avec des intérêts pécuniers. Ce qui ne manque pas d’occasionner des confrontations entre rappeurs issus de la rue et rappeurs par procuration dans des joutes dont l’enjeu est la « street crédibilité ».

A contrario de l’hypocrisie du politiquement correct qui ne condamne que la violence physique dans les rafales d’agressions verbales et morales que les rappeurs s’envoient, originaires des ghettos ou pas.

Certains rappeurs ne manquent pas de régler leurs différents à chaque fois que l’occasion leur en est donnée et ce, peu importe le cadre, comme l’ont fait ici au pays dans un club de Libreville KILO THUG (frère de KOBA) et MUNGANG KANIBAL (clasheur de KOBA) ou encore les français BOOBA et KAARIS dans un aéroport (Orly). Bien que ce n’était qu’un moyen de se donner de la visibilité pour plusieurs observateurs.

Si le tapage médiatique qu’occasionne un clash est bénéfique pour les belligérants et la presse, la limite du tolérable est souvent largement dépassée pour ces personnes qui représentent une famille, un quartier, une communauté, un public ; des personnes qui ne manquent pas d’influencer dans le bon ou le mauvais sens. Alors que les échanges de paroles interposées dans des DissTracks ou Freestyles lives ne permettent pas toujours de départager définitivement deux rappeurs aux yeux de tous.

Provenant de milieux différents, tout rappeur n’a pas la même éducation, la même mentalité ni la même sensibilité pour se conformer au règles d’un Game qui n’a aucun code formel connu de tous.
C’est souvent après des dommages que chacun spécule sur l’attitude que les concernés auraient du ou pu avoir dans une situation qu’eux seuls vivent réellement.

Non sans vouloir justifier l’attitude d’un tel ou d’un tel, en ce qui me concerne, je ne saurais me laisser dicter une conduite dans certains contextes et c’est pourquoi je m’abstiendrais de porter un quelconque jugement.

Mais il convient de rappeler aux personnes qui pratiquent cet art qu’il n’est pas à confondre avec un sport, un jeu de société ou une négociation diplomatique régis par des lois et des institutions, pour que le Fair Play s’y impose. Tout le monde n’est pas en accord avec l’évolution et dématérialisation des confrontations.

 

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Jeune passionné de hip hop, il met sur papier son avis à propos des sujets liés à la culture urbaine.

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