LA CHRONIK DE BARBARRY FANG : Et si on pesait des plumes ?

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En Rap comme en littérature, la plume est un symbole d’écriture parce qu’à l’origine les hommes de lettres écrivaient avec une plume trempée dans un encrier mais on sait tous que le Rap c’est par définition de la poésie en musique. Les rappeurs, des égocentriques par nature, s’en vantent chacun, mais avoir une belle plume n’est pas donné à tout le monde (demandez à SHAN’L).

Si tous les textes étaient dignes d’appréciation, certains artistes ne seraient pas mieux référencés que d’autres dans ce domaine. Mais comme c’est par sa volonté à bouleverser l’ordre naturel des choses que l’Homme se distingue, les artistes déficitaires sur ce point peuvent toujours combler leurs lacunes. Et s’ils n’arrivent pas à les identifier, nous allons par la suite tenter de dire, selon notre entendement, ce qu’il y’a à prendre parmi les meilleurs.

LA TECHNIQUE

Le basique à savoir, dans la forme, est que les textes de rap s’écrivent en « mesures ». Celles-ci correspondent aux lignes du texte. Les mesures forment des couplets, des refrains… Et plus récemment, les standards ont évolué avec des nouveautés comme des « bridges » (pont) qui sont des petits passages répétitifs de quelques mesures avant le refrain ; ou des « hook » (crochet, accrocher), suivant la même logique mais en plus court (un mot ou une phrase) qui sont assez accrocheurs car facile à retenir et à interpréter (Il parait que NATE DOGG en était expert).

– LA RIME

C’est la répétition du même son à la fin de deux ou plusieurs mesures. Plate, croisée, embrasée ou interne pour plus de technique, elle est le premier critère de beauté d’un texte (croyez-le ou pas, si j’avais fait carrière dans le rap je serais un spécialiste).

 – LE SENS

C’est l’intérêt intellectuel, moral et/ou artistique d’un écrit. L’artiste est sensé écrire sur un sujet précis, s’y tenir et transmettre un message perceptible (j’aime bien 2MJ mais j’ai souvent du mal à cerner l’aspect intellectuel de ses chansons. Oup’s ! J’oubliais que l’humour c’est de l’art).

– LA JUSTESSE

Le rap a beau être un débit de paroles saccadées, il respecte tout de même certaines exigences de formes pour que les mesures soient considérées comme justes (Il y’a des repères sonores sur un instrumental qui permettent de bien placer les mesures). Cette justesse se travaille bien sûr à l’écriture. En improvisation des approximations peuvent être excusées, mais dans un single au préalable écouté par plusieurs personnes avant sa sortie, cela passe moins bien.

– LA PROFONDEUR OU LE NIVEAU DE SYNTAXE

C’est le supplément culturel qui permet découvrir un mot, une notion, une information en plus ; la facilité avec laquelle l’auteur joue avec les figures de styles, les connotations… En générale, on qualifie une mesure de punchline ou on dit qu’elle est lourde lorsqu’elle a un ou plusieurs sens connotés du genre : « Je vais m’assoir sur quel trône ? y’a que des tabourets gangs » – BAK ATTAK dans le titre Conseil de sages.

LA REPRÉSENTATIVITÉ

Elle est parfois fictive mais la plupart des rappeurs ont des codes qui ressortent dans leurs textes et se rapportent à leur environnement immédiat, leurs influences musicales, culturelles ou intellectuelles et font que le public s’y identifie, comme quand RODZENG dit : « Si c’est pas un mong ye meuzala, c’est que c’est pas le bon ! », le petit passage en fang (la langue natale du frangin en clin d’oeil), signifie littéralement « enfant de Meuzala » ( Meuzala est son village qui est situé dans la région de chez moi à Bitam). Même si, « Je ne fais plus confiance aux rappeurs. La plupart s’inventent une vie de voyous, quant au mic, ils deviennent narrateurs » (YOUSSOUPHA, Les apparences nous mentent).

– LA SENSIBILITÉ

C’est la meilleure façon d’impliquer le public. C’est l’expression d’émotions et des traits de caractères comme l’humour de MINK’S ou SUSPECT 95 ; la mélancolie de SOPRANO ; l’engagement d’ESSAMKWASS ou la désinvolture de BOOBA (tant que des gens s’y retrouvent)…

– LA CRÉATIVITÉ

C’ est sans doute la qualité qui rassemble toutes les autres donc elle n’est pas évidente à définir mais c’est sans doute le petit plus d’imagination qui donne une impression de concept nouveau ou qui fait qu’un texte complet comme «Engongole» de MAUVAIZHALEINE soit plus intéressant qu’un égotripe banal comme les rappeurs aiment en servir ou d’un simple texte descriptif comme « Ma life » de KÔBA BUILDING ou « Les mêmes ways » (un son qui porte bien son nom) de RODZENG.

Demander que tous les artistes soient toujours créatifs au même niveau est humainement impossible d’autant plus que certains arrivent à se faire un nom avec un seul des critères précités parce que les appréciations sont relatives et avec l’évolution de la musique, le public est de moins en moins exigent sur la plume et les rappeurs de plus en plus polyvalents.

Mais tout mélomane qui se respecte ne peut se contenter d’écouter que des artistes à la plume légère. Si le grimoire dans lequel on fait cuire le talent est de plus en plus rare, les sorcières qui en ont la recette vous conseilleront toujours, quoi qu’il en soit, une pincée de travail.

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Jeune passionné de hip hop, il met sur papier son avis à propos des sujets liés à la culture urbaine.

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