Les Rappeurs nous racontent-ils des histoires ?

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Oui ! Et ils le font merveilleusement bien par le Storytelling (se traduit par « mise en récit » en français). C’est une technique de communication qui consiste à raconter une histoire sous plusieurs formes (discours, chanson, poésie), selon le domaine concerné (art, politique, communication). Il ne s’agit pas de raconter son quotidien mais de créer une fiction comme dans un roman, un film ou de faire plus ou moins un mélange entre fiction et réalité.

Cette méthode d’écriture s’apparente au conte sauf qu’en Rap, les personnages ne sont pas des fées mais des malheureux menant une existence résiduelle dans laquelle ils ont été relégués par la société. Il y a des histoires d’ambition et de réussite dans l’illicite ; de drames, de réjouissance dont l’instrumental en accentue l’attrait telle une musique en fond sonore d’un film.

Les Storytellings s’écrivent en suivant les étapes du schéma narratif classique en littérature : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément de résolution et situation finale. Mais ils ne respectent pas toujours la structure habituelle des textes du Rap (intro, couplet, pont, refrain). Ils comportent rarement des refrains, intro, ponts…Et s’écrivent la plupart du temps en seul bloc de mesures.

Le Rap français compte quelques très bons classiques dans le genre. Dans l’album « Le Jugement » de TANDEM par exemple, « Bloc Party » des PSY4 DE LA RIME , le très intriguant « X & Y » de KERRY JAMES, le titre Sou Han issu de la saga « Enfant du Destin » de MÉDINE ( un Storytelling qui raconte l’histoire d’une petite fille vietnamienne qui perd son père durant la guerre du Vietnam) ou encore « Du Panshjir à Harlem » : une chanson laquelle Médine raconte simultanément, par mesures interposées, les assassinats du commandant Massoud et de Malcom X… Et en la matière il y a notamment des experts tels que FAF LA RAGE, OXMO PUCCINO qui a dédié un album entier à ce genre Lolipette Bar, DISIZ LA PESTE ou encore AKH.

On pourra en citer des dizaines car il s’avère que le Storytelling stimule la créativité des artistes qui peuvent voyager infiniment dans l’espace-temps et nous en donner des aperçus captivants.

Qu’en est-il au Gabon ???

Le Storytelling n’est visiblement pas l’apanage des artistes gabonais, très peu s’y lancent, mais il en existe quand même de bien belles histoires. On peut retenir quelques titres dans ce registre localement, parmi lesquels : « Pas Elle » de BA’PONGA et MASTA KUDI, le titre « Les Liens de sang » de BAK ATTAK, « Du cahier à la craie » de CRC, et sans oublier le célèbre titre « To Kill la Wanna » de SIYA POSSI X

Dans ce genre, on peut évoquer le titre « L’affaire qui die » de FANG THE GOLDENMAN, ce dernier était fort à ce jeu à ses débuts. On peut également citer RICKY avec le titre « LBV c’est le monde » ; le rappeur, qui est une référence du genre au pays, a d’ailleurs sorti en 2015 un album dédié intitulé « L’art de raconter des Histoires ». On a aussi le titre « Ma Meilleure Amie » de MC ESSONE dans lequel il raconte de façon imagée sa rencontre avec le hip hop ou encore son autre titre « Dans Ma chamber » feat. Soxx The B.

En élargissant un peu plus nos recherches, bien que n’étant pas tout à fait hip hop, on peut intégrer certains sons d’artistes urbains gabonais, et c’est le cas de « Malédiction » de LOVA LOVA ANEL’K , « l’Aveu » de ARIELLE T et SHAN’L ou encore « Ma meuf est ma cousine » de NELYO.     

En somme, cette méthode peut être intéressante pour certains artistes locaux, il augmente fortement les possibilités d’approche des thématiques et peut contribuer à apporter de l’originalité dans la monotonie des textes qui tournent souvent autour des mêmes sujets. Le Storytelling va ainsi leur servir ici à relater des faits, donner des informations et passer des messages d’une façon qui pourrait élargir leur fan base.

Les sources d’inspiration ne manqueraient pas car le pays est un véritable gisement culturel avec sa tradition orale, ses rites, sa diversité ethnique, son histoire…

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Jeune passionné de hip hop, il met sur papier son avis à propos des sujets liés à la culture urbaine.

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