RAP PURISTE vs RAP COMMERCIAL

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On entend souvent que tel fait du bon rap alors que tel autre, non.

« Le bon RAP étant désigné comme « puriste » et le mauvais comme « commercial ».

Le RAP puriste, selon certaines exigences, est le meilleur et seul qui doit être car il est supposé transmettre des messages communautaires positifs et représentatifs des milieux défavorisés tandis que le commercial est individualiste et immoral. La classification se fait aussi sur les rythmiques plus ou moins proches de ce qui se faisait à l’origine du mouvement Hip Hop dont le «Rhythm And Poetry » est le fils. Le RAP puriste devrait donc de nos jours être celui qui est plus proche du RAP originel.

C’est super que le public exige un RAP écolo(gique) parce que la planète se meurt mais tout ça suppose que le RAP originel soit un mouvement conservateur qui a été perverti par des individus mal intentionnés.

J’ai donc voulu consulter l’Histoire pour savoir ce qu’il en était.

À l’origine le RAP est une prise de parole sur des extraits d’instrumentaux sans voix (Breaks), des musiques qui se faisaient dans les années 70 aux États-Unis. Cette façon de faire est importée de la Jamaïque, le pays d’origine du créateur du mouvement Hip Hop, j’ai nommé DJ KOOL HERC qui s’inspirait du « Toast »(Le Toast consistait à raconter sa vie dans un micro, sur une musique pendant une fête, c’était un genre d’animation orale).

Je ne vais pas revenir sur toute l’histoire de la création du Hip Hop mais ce qu’il faut retenir c’est que DJ KOOL HERC pendant les « Bloc Party » (fêtes de quartier), dans lesquels il mixait toastait pour annoncer la présence de personnalités importantes ou se présenter lui même (nous sommes au milieu des années 70). Mais comme il lui était compliqué de mixer et toaster en même temps, il a sollicité son frangin COKE LA ROCK qui peut être considéré comme le tout premier Master of ceremony (MC), pour le faire Toaster pendant ses mixes.

Coke La Rock et DJ Kool Herc (photo récente)

Il est donc clair que le RAP était une musique d’animation dans des ambiances festives, rares réconforts des communautés noires américaines dans un contexte de ségrégation raciale juste, après l’obtention des mêmes droits civiques que les blancs aux États-Unis. Mais Les noirs étaient pauvres et s’en sortaient comme ils pouvaient donc pas qu’honnêtement.

Les jeunes se retrouvaient dans des gangs et c’est à la suite du décès d’un ami à AFRIKA BAMBAATAA, l’un de précurseur du Hip Hop,  que ce dernier se dit qu’il était possible de transmettre des messages positifs, sensibiliser contre la violence et toutes autres influences négatives à travers le RAP (il crée même une association et un mouvement culturel appelé « Zulu Nation« ).

Afrika Bambaataa

Mais à la première occasion d’enregistrer un single, il va faire un son qui parle de fête et implicitement de drogue, intitulé « Planet Roc » (Roc en référence au caillou de crack). Tandis que le premier son conscient enregistré et commercialisé sera « The Message » (1982) de GRANDMASTER FLASH qui fait partie de la « Sainte Trinité » du Hip Hop avec les deux noms précités.

On comprend donc que le RAP était une musique festive comme tout autre permettant de transmettre des messages selon la sensibilité, d’autant plus qu’il n’est écrit nulle part que DJ KOOL HERC lui ait attribué une quelconque mission.

Se dire puriste c’est logiquement se ranger au rang d’animateur de soirée. Cependant, les choses évoluant, les inspirations et les moyens arrivants, les vécus divergeant de même que les influences et la popularité. C’est ainsi que le groupe NWA qui se montre plus virulent que jamais va marquer comme jamais l’Histoire (entre 1986 et 1992).

C’est donc lui que les générations d’après vont retenir comme étant le plus représentatif du mouvement c’est pourquoi les puristes revendiquent son héritage par la représentativité de leur milieu et mode de vie, et/ou la conservation des rythmes originelles.

Mais à ma connaissance, aucun rappeur ne s’est jamais limité à ce point. Aussi longtemps que j’ai écouté cette musique, pas même les rappeurs classifiés comme puristes (D’ailleurs AFRIKA BAMBAATAA lui même a intégré des rythmes latinos dans ses mixes en se lançant dans le Djing à la fin des années 70). Les rappeurs ont toujours abordé des thématiques variées relatives à leur mode de vie sur des samples de musiques tout autant variées pour atteindre le plus de public possible.

La représentativité implique le bon comme le mauvais. Et malheureusement, c’est le mauvais qui domine le plus souvent. On parle de sexe, drogue, criminalité, violence… Tandis que dans les milieux défavorisés il y’a aussi l’amour, la tolérance, le respect, la responsabilité et la fête… c’est une chose de présenter des maux tels qu’ils sont et c’est une autre d’en faire la propagande, voir l’apologie.

Le RAP est rarement pris en exemple dans la société donc dans la forme, il est difficilement positif. La plupart des rappeurs s’expriment dans le registre familier (Slang, Argot, Nouchi…), ce qui n’est pas académiquement intéressant. Les thématiques abordées ne sont pas, non plus, des révolutions philosophiques. Il n’est pas socialement et politiquement enrichissant (0.1% de propositions de reformes, peu d’initiatives communautaires comme l’avait fait AFRIKA BAMBAATAA avec la Zulu Nation).

Les rappeurs se refugient derrière le fait que ce soit poétique donc à ne pas prendre au premier degré pour justifier leur indélicatesse (mais la rhétorique est subtile, pas le RAP). Le RAP ne se soucie qu’assez rarement de dénoncer, conscientiser (à quelques exceptions près) et fait du « Système » un bouc-émissaire pour justifier son immoralité autant que le Système se sert du lui pour entretenir la complaisance dans la négativité. On peut même dire que c’est cette négativité qui le rend commercialisable.

Ceci étant, la tendance la plus représentative du RAP originel, permettant de s’évader et transmettre la bonne humeur pour oublier le temps d’une Party les problèmes quotidiens, est bien le RAP commercial. Ce dernier ne revendique pas spécialement un engagement dans une quelconque cause et n’a, dans ce cas, pas le souci de transmettre des messages positifs dans la négativité.

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Jeune passionné de hip hop, il met sur papier son avis à propos des sujets liés à la culture urbaine.

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