La chronique de BARRY: Débats sur la Musique Gabonaise (Première Partie)

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Dernièrement j’ai réagi à un post de mon petit frère RAY ETOUGHE (Ceo du label GODTRUST RECORDS) dans lequel il réitérait le sempiternel (journaliste de la RTG voice) reproche que les artistes n’ont de cesse de balancer au public, c’est-à-dire leur manque de solidarité, considération et reconnaissance des artistes locaux par pure et simple jalousie et sorcellerie.

Il prenait en exemple le public ivoirien qui soutient ses artistes et fait souvent montre d’une solidarité sans faille jusque dans les confrontations d’idées sur les réseaux sociaux. À le lisant j’ai eu l’impression que le retard de la musique gabonaise pour beaucoup ne se situe qu’à cette superstition.

Attendez certains pensent vraiment que la limite de leur succès vient du fait qu’on apprécie leur musique en secret sans l’exprimer au vu et au su de tous ? Ou encore qu’on apprécie plus les musiques étrangères que les leurs par pur et simple jalousie ?

Je ne sais pas si c’est de l’égocentrisme ou de la naïveté mais je sais que cette approche peut empêcher de se remettre en question et d’identifier ses lacunes pour pouvoir s’améliorer. Aussi de se projeter vers des perspectives de carrières plus ambitieuses.

Comme je l’ai dit dans le forum WhatsApp de GABOMATUNES que : « Quand on se focalise sur le doigt qui montre la lune, on ne peut pas faire d’astrologie ».

Ceci pour dire qu’une raison toute faite à un problème empêche certainement d’en cerner tous les contours. Je vais donc rapporter succinctement les éléments de ma réponse au coup de gueule de RAY, et comme le gabonais a ce bon réflex de souvent demander ce qu’on a à proposer, des pistes de solutions.

QU’EST-CE QUI BLOQUE ?

Partons d’abord du principe que notre public est assez restreint et que plus il y’a d’artistes, plus la part de fans consacrée l’est aussi. En supposant qu’un fan ne suivra un artiste que si sa musique lui plait, les fans se repartiront selon les genres de musiques.

Il est donc illogique que des artistes pratiquant un genre de moins en moins populaire se plaignent que leur fan base ne s’accroisse pas et reprochent à qui que ce soit de ne pas aimer sa musique. Mais si effectivement il y’a des hypocrites, sont-il en nombre suffisant pour limiter la popularité d’un artistes ? Je ne pense pas mais je vais essayer d’identifier le fond du problème.

L’UN DES PRINCIPAUX PROBLÈMES QU’ONT LES ARTISTES ICI C’EST CELUI DU CHOIX DE GENRE

En effet, pratiquer un genre que seul des personnes d’un certain niveau d’exigence apprécient et vouloir la popularité au Gabon ne peut que manquer de cohérence. Dans le public, on a souvent l’impression que la majorité est en faveur du Rap. Qu’est-ce qui l’explique ? Cela peut être du au fait que l’autre partie du public ne s’exprime qu’à propos de ce qui l’intéresse.

C’est pourquoi il peut paraitre incompréhensible que des artistes, jugés mauvais d’une part, aient des avis favorables d’une autre. De plus, les artistes optent souvent pour des musiques importées dont ils ne prennent pas forcément la pleine mesure des subtilités. Certains s’essaient au gré de l’actualité ou de l’inspiration à tout ce qui leur passe par la tête sans orientation précise.

C’est là encore une approche maladroite pour convaincre et fidéliser une base de fans à moins d’avoir été doté d’une valeur intrinsèque hors du commun, je parle là d’un certain talent. Mais trêve de supputations, allons à l’examen d’éventuelles pistes de solutions.

EST-CE QU’ON VA S’EN SORTIR ?

Il est essentiel de faire en sorte que le public s’identifie culturellement dans notre musique par son genre, les messages qu’on transmet et par la langue. C’est la recette qui est appliquée partout dans le monde.

Même en Côte d’Ivoire où on peut avoir l’impression que tout le monde y soutient tous les artistes. Mais en toute logique, on soutient que ce en quoi on se reconnait. Tout comme les plus jeunes ici, qui sont certainement majoritaires dans le public, le font pour la Trap Ndoss et la Ntcham.

L’autre part du public, c’est-à-dire les plus âgées, s’identifierait certainement à des musiques plus proches des genres de leur jeunesse.

Si le public du Hip-Hop est de plus en plus restreint et imbriqué entre ces deux générations, un artiste de la génération Hip-Hop qui a plus à cœur de transmettre ses messages ou qui est tenu par des impératifs de succès, à défaut de se réorienter ou même se rabaisser vers des tendances qui plairaient aux plus jeunes que lui, ferait par défaut le choix de musiques estimées par les plus âgées et susceptibles d’être adoptées par leur progéniture qui est d’abord influencée à partir de son enfance par ses parents.

Je pense aux folklores et aux musiques tradi-modernes. Mais ce sont là des styles considérés comme étant si dévalorisants pour tous les ressortissants américains qui se sont perdus ici (Mdr).

C’est pourtant le choix que les artistes urbains d’autres pays africains ont fait en se réappropriant l’Afrobeat par exemple dans les pays anglophones, le Bikutsi et le Makossa au Cameroun, etc. Dans d’autres pays la question ne se pose même pas; dans les deux Congo, un artiste va d’abord penser à faire du Ndombolo ou de la Rumba avant le Rap. Comme en Afrique de l’ouest, chanter dans sa langue vernaculaire est une évidence en dépit du style qu’on pratique parce que c’est un lien indéniable avec son public direct.

La Ntcham est un mixe entre les folklores et les musiques urbaines, c’est peut-être pourquoi ce nouveau genre est aussi apprécié. Bien que les artistes n’ont pas souvent le souci du message en l’utilisant, c’est loin d’être impossible comme TRIS l’a si bien fait dans « Jauna Jauna » .

Rien n’empêche de lancer des messages forts dans des registres moins Hardcore comme MC BRIGHT le fait, comme rien n’empêche à un jeune artiste d’avoir du succès dans le tradi-moderne comme VIBRATION et ARNOLD DJOUD à leur époque avec l’Elone, AMANDINE dans ses débuts au sein de son groupe EMPIRE ou encore NGA’KUMBE avec le rythme Ikoku récemment.

C’EST ENCORE UN MESSAGE FORT QU’À LANCÉ SHAN’L EN FAISANT DE « YAYAYOBE » SON PREMIER SINGLE DISTRIBUÉ PAR SONY MUSIC AFRICA

Loin de moi l’intention de pervertir la pureté des ariens mais les mélanges de genres n’ont jamais été insultants en musique urbaine dans la mesure où l’un des fondements du Rap, par exemple, est le sample.

La réappropriation de notre patrimoine n’est donc pas une garantie d’échec sinon « Aux Choses Du Pays » de MOVAIZHALEINE dont le refrain est la reprise de celui d’une chanson de PCA AKENDENGUE ne serait pas un classique du Rap gabonais, ou le deuxième meilleur titre de l’artiste ENCHA’A, après « À ma mère » , ne serait pas son featuring avec le défunt EDINGO.  Les exemples sont légion mais n’ayons pas la mémoire courte quand on sait que le titre « Espoir » de BA’PONGA était un Afro-Rap à son époque.

BREF…

Ce ne sont pas des formules magiques car tout ce que j’ai évoqué se fait certes déjà mais surement pas assez.  La popularité actuelle de l’Ikoku prouve aussi que ce ne sont pas non plus des inepties.

Pour finir, je dirais qu’il est intéressant d’observer ce qui se fait ailleurs. Mais il vaut mieux le faire en allant au delà de la simple pensée qu’on devrait être aussi solidaire que les autres qui ne sont, peut être, que beaucoup plus nombreux, omettant au passage de voir les vrais facteurs de leur succès.

Mon approche n’est pas une science exacte, mais elle est sûrement véridique. Si selon l’histoire nulle n’est prophète chez soi, l’impopularité n’exclue pas la conversion de quelques illuminés comme c’est le cas pour des artistes qui ont malheureusement parfois du mal à s’en contenter sans vouloir faire de compromis.

Matudji limba !!!

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Jeune passionné de hip hop, il met sur papier son avis à propos des sujets liés à la culture urbaine.

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