La musique urbaine gabonaise a-t-elle perdu de sa splendeur ?

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Il y’a une dizaine d’années notre musique était bien cotée sur le continent. Certains artistes étaient régulièrement invités à l’étranger, d’autres récompensés aux Kora Music Awards. C’était la grande époque avec l’avènement du label EBEN ENTERTAINMENT qui comptait la star KOBA BUILDING dans son écurie et nous sortait des gros clips. Au niveau de l’Afrique francophone, c’était sans doute une première et la structure était d’un professionnalisme inégalé. On se souvient encore des gros clips « Check Check » et « Tu n’as rien compris » de KOBA qui ont révolutionné l’univers du vidéo-clip hip hop au Gabon et même en Afrique.

Soudainement, il y’a eu une perte de vitesse difficilement explicable pendant que des pays que l’on pouvait considérer comme moins cotés à l’époque ont su se distinguer et se maintenir dans la durée (Togo, Benin, Cameroun).

Handicapé d’une faible population, le Gabon devrait pourtant prioriser la conquête de l’extérieur pour rentabiliser son Showbiz. L’essor de l’Afrobeat moderne et de l’Afrotrap a permis à tous de s’exprimer en valorisant par la même occasion les rythmes locaux.

Ce qu’a su faire le Cameroun par exemple qui peut, de nos jours, être considéré comme l’un des piliers de la musique urbaine en Afrique francophone. L’autre avantage que peuvent avoir d’autres pays des sous régions d’Afrique centrale et de l’ouest, en dépit du fait de savoir maintenir des artistes dans la durée, est la révélation régulière de nouveaux talents ; preuve d’un Showbiz certainement plus dynamique que le notre. On peut illustrer cela avec ce qui se passe au Benin où après DIBI DOBO et BLAAZ, il y’a maintenant FANICKO et VANO BABY.

D’aucuns pensent que nos artistes ont souvent du mal à s’adapter aux exigences internationales en termes de sonorité, de créativité, de qualité de production, de réalisation, de distribution et de promotion. Les opportunités de s’affirmer ne manquent pourtant pas. Pendant les années 2000, le Gabon a été une destination de choix pour plusieurs artistes de l’hexagone et même des USA. Une attractivité qui permettait des transferts de compétences, de technologie, mais aussi la possibilité de collaborations intercontinentales.

Des initiatives internationales à refaire !!!

Nous avons tous été fier de voir MAUVAIZHALEINE gagner le concours lancé par MTV Base en 2008 qui a permis la réalisation du clip du titre « Nous » qui, par la suite, s’est retrouvé numéro 1 pendant un moment sur la dite chaîne. On peut aussi ajouter le single « Hands Across the World » du projet ONE8 (sorti en 2010) dans lequel MOVAIZHALEINE s’est retrouvé avec R KELLY et 7 autres superstars de la musique urbaine africaine.

Mais nous sommes un peu déçus que les concernés n’aient pas pu garder le cap à ce niveau ou même que d’autres artistes ne s’en soient pas servis comme exemple pour renouveler de telles performances ou faire mieux.

Les rappeurs de la Diaspora n’étaient pas non plus en reste, il y avait par exemple le collectif INVASION BARBARE en direct de Montréal avec LESTAT XXL, GREGSON et DON ALIAS qui nous ont fait vibrer avec la sortie du titre éponyme en vidéo en 2006.

En parallèle chacun individuellement composait des singles à tour de bras de « Bouge sur ça » de DON ALIAS à « Understand me now » de LESTAT XXL en passant par « Destination Gabao » de GREGSON. Avec l’album « Bienvenue à LBV » sorti en 2007, LESTAT marque d’une pierre blanche la scène hip hop gabonaise en dévoilant ce projet bien ficelé produit par LORD EKOMY NDONG.

Des activités qui tenaient en haleine le public

On peut ainsi citer des exemples à n’en pas finir. Dans les années 2000, on avait droit à des grosses compilations produites par les meilleurs studios de la capitale, c’est le cas de « Mémoire Vive » ou encore de « Bantu Mix/LBV Underground » qui faisait, chaque année, le show « Le Bantu Live » au CCF ; sans compter également le Festival Gabao Hip-Hop, l’Eben Show ou encore Le Show du pays. Des groupes tels que NEW SKOOL étaient incontournables avec leur hit « Si j’avais de la monnaie » et il y avait un certain engouement autour du mouvement musical urbain avec des récompenses annuelles telles que les BALAFONS MUSICS AWARD lancés en 2006.

Comment le mouvement fonctionne-t-il aujourd’hui ?

Dans la décennie actuelle, c’est par à-coups souvent espacés de quelques années qu’on peut voir un artiste gabonais atteindre une telle popularité, au point qu’on fut surpris de voir un Focus de clips gabonais sur Trace TV  l’année dernière, et se rendre compte de leur nombre relativement  important.

Le fait de sortir du territoire national n’y change rien. A l’image de BOOBA qui vit son rêve américain mais se contente du marché français. Les artistes gabonais de la diaspora semblent tous faire de la musique par passion et/ou par amour de leur pays car ayant d’autres prérogatives académiques ou professionnelles pour s’atteler à se faire une place sur la scène de leurs pays d’accueil.

Nous pouvons être reconnaissant envers EDGAR YONKEU pour avoir créé une structure de production et de distribution d’envergure telle que DIRECT PROD dont la chaîne YouTube cumule des dizaines de millions de vues. C’est certainement une initiative qui, d’une façon ou d’une autre, a motivé la création des labels tels qu’AFRICADREAM et THE NODE MUSIC.

Toutes ses structures sont le symbole d’une nouvelle génération d’artistes (NG BLING, BGMFK, SHAN’L, J-RIO, CRÉOL, ZYON STYLEI…), promoteurs, réalisateurs (OLSTR8TDESIGNFX, ANDA X, EZ-IMAGES, GASMAR MOVIES, MAGSSI PICTURES) et bien d’autres, qui semblent être prêts à conquérir le Monde en bousculant les codes. Un regain d’ambition qui a été palpable sur la scène internationale ces dernières années.

Si ce qui ne nous a pas tué nous a rendu têtu, on n’a plus qu’à espérer devenir plus fort.

 

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