La popularité de la musique mondaine : à qui le tort ?

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Dans la musique certains messages soulèvent des polémiques et suscitent des confrontations. Le reproche étant souvent fait aux artistes de dépraver les mœurs, certains se sont même vus attribuer des responsabilités sur des drames et des fléaux comme la criminalité et le vagabondage sexuel. En outre, on en a fait l’apanage des musiques modernes comme la Tcham, tendance préférentielle d’une nouvelle génération en mal de conscience.

Comme il s’agit toujours ici de donner mon avis personnel loin de la ligne éditoriale d’un média formel, je me suis donné l’occasion de décortiquer le sujet. Mais avant tout, il convient de le recadrer. A défaut de se limiter à la mondanité, nous explorerons la négativité dans sa globalité à travers la musique.

La musique se voit souvent attribuer des bonnes causes par des mélomanes selon leur perception. Mais triste est de constater que la négativité en a toujours fait partie.

Que nous apprend l’Histoire ?

ROBERT JOHNSON, un chanteur de Blues du début du siècle dernier (1937) est surtout connu pour un seul titre, « Crossroad », dans lequel il évoque un pacte avec le diable. C’est le plus loin que je pouvais remonter dans l’histoire. Plus tard RAY CHARLES a été attaqué pour avoir mainte fois transformé des louanges en chansons du monde.

Plus proche, NWA le célèbre groupe de Rap de la côte ouest américaine se distinguait par une grossièreté non voilée (je le sais de REGIS MASSIMBA qui l’a dit pendant le concert de BA’PONGA à l’institut Français) ; JAY Z dans The Black Album a un titre nommé « Lucifer » ; des chansons d’EMINEM qui n’ont rien de catholique et feraient avoir une fausse couche à une femme enceinte sont légions (3 A.M par exemple).

Et pour finir KÔBA BUILDING, l’un des rappeurs les plus populaires et influents du Game gabonais s’est fait ce statut de bad boy aux textes crus et explicites et ceci lui colle à la peau. Dans le clip « Le Royaume des Kings » on peut apercevoir des signes ésotériques, ce qui nous rapporte vers un certain rituel maçonnique.

Autant d’exemples parmi d’autres qui ne peuvent dissocier la musique d’une nocivité ne contribuant en rien à l’équilibre morale auquel aspire l’humanité. Il n’est nul doute que la musique, comme la littérature ou le cinéma ont un impact éducatif sur le récepteur qu’est la société et sa progéniture mais tout le tort de sa négativité ne revient-il aux artistes ?

Mais finalement qui est responsable ???

Il est indéniable que ce qui rend une musique populaire est le public, bon message ou pas. Mais le reproche lui est rarement fait pour cela. Au contraire, le public se le permet à l’égard des artistes qui ne font qu’anticiper ses attentes. Lorsqu’une musique de ce genre a du succès, la facilité exige qu’on sorte quelque chose qui en est proche pour surfer sur la vague de son succès (c’est une question de Top et de Flop).

Les artistes s’attaquent aussi entre eux pour ce fait, particulièrement dans le RAP, musique par excellence des donneurs de leçons, avec des rappeurs dits engagés ou puristes à qui personne ne reproche par exemple le fait d’insulter régulièrement (d’autres artistes, des hommes politiques, parfois même leurs propres parents). Car le RAP n’a jamais été une musique d’enfants de cœur. Seule une minorité de rappeurs comme MÉDINE, LEFA, ou MC ESSONE font preuve de retenu dans leurs textes pour fustiger des choses en toute courtoisie. Au finish, j’ai compris cette histoire de RAP puriste n’est qu’une affaire de forme.

Très peu dans le public savent l’utilité de l’inscription « Parental Advisory-Explicit content » qui est un garde-fou que l’industrie a mis en place (1985) pour éviter l’accès aux enfants à des contenus moralement incorrects et que les artistes (qui le savent aussi) prennent pourtant la peine de lier à leurs sorties si nécessaire.

Dans ce pays (Gabon) où il y’a des débits de boisson à ciel ouvert qui jouent aussi haut que possible tout genre de musique, à qu’il faut-il reprocher que les enfants y aient accès ? Certains parents s’y rendent même avec leurs enfants en bas âge ou bien les égaient avec des musiques peu recommandables (on a souvent vu des vidéos du genre sur les réseaux). Les plus jeunes ont accès aux appareils électroniques connectés souvent sans les regards de leurs parents quelque peu laxistes. On peut en illustration voir des enfants danser « collé-serré » ou même « Twerker » dans certaines fêtes familiales.

Le ministère de la communication n’a-t-il pas un rôle à jouer pour que des contenus à caractère mondains ne soient consommés que par ceux qui le demandent comme les occidentaux le font avec la pornographie ?

Bref…

Je conçois que si certains artistes ne mettaient pas sur le marché ce genre de contenus, des enfants ne les mémoriseraient pas et éventuellement n’appliqueraient pas naïvement ce qui y est évoqué. Mais trop peu de mesures sont mises en place dans notre société pour que la dépravation des mœurs ne soit reprochée qu’aux musiciens qui l’évoquent ou l’incarnent.

Je ne pense pas que ce soit une conséquence de leur musique mais plutôt un indicateur symptomatique de l’état de la société actuelle. Car sans mondanités il n’y aurait certainement pas de musique mondaine dans la société.

En effet, les jeunes n’ont pas attendu un refrain disant poignarder pour le faire ; ou encore une chanson sur les cobolos pour les consommer ; ce ne sont pas des artistes qui mettent cette drogue sur le marché. Le système des placements que J RIO a récemment chanté n’a pas été inspiré d’une chanson à ma connaissance. Ou même la sexualité devenue tabou qu’évoque COLLECTIFPEOPLE dans leur single au titre explicite Bordelle.

Je vais donc vous renvoyer la question : si la musique mondaine est populaire, à qui revient le tort ?

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Jeune passionné de hip hop, il met sur papier son avis à propos des sujets liés à la culture urbaine.

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