Le Rap en 2021: Retour sur trois décennies d’évolution ( Chronique)

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Les récents échanges de piques entre NG BLING et GARÇIN LAGAÇANT nous rappelle l’éternel débat « Commercial vs Puriste » entre les rappeurs à une époque où le MC n’est plus forcément identifiable de prime abord. Mais certains ont toujours une approche d’appréciation de cet art dit « Vrai » , voyant le « Real » MC comme investit d’une mission, engagé dans un combat, régis par un code éthique strict et évoluant dans un univers musical tout aussi restreint. À l’opposé, d’autres considèrent le rappeur comme un simple musicien libre d’explorer toutes les possibilités qui s’offrent à lui.

En effet, certains rappeurs et mélomanes ont une perception figée de cette musique qui n’a pourtant de cesse d’évoluer. Le Rap et ses derivées (musiques urbaines) ne sont pas devenus le genre le plus écouté dans des pays comme la France en restant figé à ce qu’il était quand les conservateurs l’ont apprécié. Il y’a un énorme faussé entre ce qui se faisait à cette époque et ce que certains pratiquent à présent. Il est aussi vrai qu’avec tous ces changements, certains artistes sont déjà désignés à tort comme des rappeurs tandis que d’autres sont reniés alors qu’ils sont à la base Rap voir underground.

LES EFFETS DU TEMPS…

Il est vrai qu’au fil du temps, les sonorités sont devenues beaucoup plus variées. Les battements de base (Boom Bap)
caractérisant ce style pendant ses débuts ont muté en plusieurs variantes ( Dirty South, Trap, Afro, Drill etc). Mais les mélanges de genres ont toujours fait partie du Rap qui est allé du Break Beat au beat, en passant par le sample qui est d’ailleurs toujours d’actualité.

Aujourd’hui, la palette est beaucoup plus diversifiée. Même si le Rap a été influencé par d’autres styles pour faire naître des genres nouveaux (Trap, Afrotrap, Tcham, Traditrap etc), il s’est aussi invité dans d’autres tendances (Rumba, Coupé Décalé, Afropop etc), à tel point que certains artistes sont souvent considérés, en dehors de leur registre de prédilection, comme des rappeurs.

N’en deplaise aux conservateurs, les frontières entre les profils d’artistes urbains sont beaucoup moins opaques. Techniquement les flows hargneux et saccadés ont cédé de la place aux vibes. En effet, dans le Rap moderne, la polyvalence c’est-à-dire la faculté d’alterner entre chant et flows est déjà nécessaire pour atteindre de plus en plus un public connecté.

DANS LA FORME…

Si certains ont la drôle d’impression que les temps ont brutalement changé, ce n’est pas forcément le cas. La variété de formes dans le Rap n’est pas apparue de façon inopinée.

En se référant aux USA dans les années 90 certains rappeurs avait déjà des styles atypiques et refusaient de se fondre dans le moule de l’archétype de l’époque. On peut par exemple citer ANDRE 3000 du groupe OUTCAST, les BONE THUGZ N HARMONY ou les FUGEES qui aimaient alterner entre les flows Underground et « New Jack » (mi chanté). Et en France il y’avait DOC GYNÉCO qui avait un flow mélodieux et les SAYAN SUPA CREW aussi adeptes des variations de techniques vocales avec des influences afro caribéennes. On pourrait ajouter également SOPRANO dans les années 2000 qui s’est mis également à chanter.

Des variations qui ne sont pas étrangères à notre pays quand on sait que le groupe MOVAIZHALEINE par exemple s’y essaie souvent. De ce fait, plus d’un mélomane verrait plus MAAT SEIGNEUR LION comme un chanteur Reggae-Ragga qu’un rappeur.

La confusion dans la perception du Rap provient aussi des codes véhiculés par certains artistes employant un vocabulaire et des références urbaines dans un langage familier et sans filtre. Plus chanteurs que MC dans la forme, Ils n’employent pas toujours une technique vocale Rap et n’interprétent pas sur des sonorités Rap reconnaissables.

Mais cela aussi ne date pas d’hier. C’etait déjà le cas pour le défunt NATE DOGG, avec ses influences Soul et Blues, qui pouvait difficilement être considéré comme un chanteur R’n’B car sa plume ne correpondait pas au verbe des gentlemen qui pratiquaient ce style. Localement on pourrait se référer à MITCH MWANA voir même SINSH’Ô.

DANS LE FOND…

Mais le point qui divise le plus les rappeurs est celui des messages véhiculés. En effet, le courant dit puriste considère que tout ce qui n’est pas engagement socio-politique et dénonciation n’est pas du Rap. Ce qui est un peu excessif quand on sait qu’à l’origine le Rap est plutot un mode d’expression libre et festif. Mais toujours soumis à une nécessité d’évoluer, il s’est fait le porte-voix des causes de milieux urbains et défavorisés. On ne devrait donc pas exclusivement l’y consacré. Libre à chacun de communiquer selon sa volonté en visant un public qui se reconnaitra dans le message lui correspondant.

Une autre différence, dans le fond du Rap moderne avec la nouvelle génération de Trapeurs par rapport à une époque, est le fait que les textes soient moins structurés et orientés vers un sujet précis. Ils font plus de freestyles et de l’égotripe qu’autre chose et ne développent qu’assez rarement de thèmes de société précis.

Cela peut s’expliquer par le fait que le public du Rap ou de la musique en général a, non seulement, rajeunit mais il s’est aussi diversifié vers d’autres tranches d’âges à tel point que la majeure partie des mélomanes est beaucoup moins exigente. Avec les mélanges de genres, il y’a moins de personnes qui écoutent le Rap pour des leçons de vie mais plutôt pour passer un agréable moment festif et les rappeurs ne se privent pas de leur en donner.

EN BREF…

Le débat peut encore s’éterniser mais après une contribution, on peut en finir ou l’ouvrir en ce sens que le Rap a toujours été influencé par d’autres styles musicaux, d’autant plus qu’il est né des break beat et des samples. Pour ce qui est des sonorités le débats ne tient donc pas. Chercher un style dit « Puriste » dans l’histoire du mouvement équivaudrait à essayer de prouver une impossibilité évidente.

De nos jours, il n’est pas insultant de considerer SHAN’L et LATCHOW comme des rappeurs. Si certains rappeurs chantent plus qu’ils ne Rappent, il est importante d’avoir une oreille attentive. Avec l’avènement de la Trap, la diction saccadée et plus ou moins rapide est parfois faite sur des notes aiguës ; sans oublier les codes véhiculés qui correspondent au milieu urbain. C’est suffisant pour être catégorisé en tant que rappeur.

La différence la plus importante entre le Rap moderne et l’ancienne génération est une propension plus importante des rappeurs qui chantent d’une part et de l’autre côté on a plus de variantes dans les sonorités et les battements. À noter aussi qu’avec les mélanges de genres, certains artistes peuvent être considérés à tort comme des rappeurs. Mais si les Rap était resté fermé sur lui même, existerait-il encore aujourd’hui !?

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Jeune passionné de hip hop, il met sur papier son avis à propos des sujets liés à la culture urbaine.

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