Les Danses urbaines gabonaises, historique et perspectives !!!

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La danse urbaine a toujours été présente dans la culture urbaine gabonaise, elle a connu plusieurs tendances et variations depuis le début. Les danseurs ont toujours été créatifs et inventifs depuis près d’une vingtaine d’années.

En remontant un peu plus loin, le premier contact de la jeunesse gabonaise avec la danse tendance hip hop date des années 80 avec l’avènement du Break dance introduit au pays par l’animateur, danseur et rappeur français Sidney. Pour nos aînés, la référence de l’époque est sans doute le film Break Street 84 encore appelé Breakin‘ avec »Ozone & Turbo » une bible pour tous les breakdancers.

-Les années 1990

Ce mouvement de danse a perduré au pays et a engendré au début des années 90 ce qu’on a appelé la danse hip hop. Il faut dire qu’à l’époque, au pays, quand on parlait de « Rapper » on faisait allusion à danser : la confusion dans l’appellation était un abus de langage (la danse est une composante du hip hop ainsi que le Rap qui est sa forme chantée). Les jeunes s’inspiraient des chorégraphies dans plusieurs clips américains comme ceux de Mc HammerVanilla Ice etc…

Cette danse hip hop a permis aux jeunes gabonais de créer leur propre style avec la fameuse « Danse classique gabonaise » appelée communément « La classique », c’est l’époque du cabaret des artistes avec le bourgeonnement de plusieurs groupes de danses dans tout le Gabon.

Certains noms nous reviennent en mémoire : le groupe Full Force, le danseur Mino « Lansky  » (paix à son âme) ou encore des lieux comme Boston…mais le plus célèbre des danseurs de la classique était sans doute « Sexy Ninja » aujourd’hui photographe à Port-Gentil dans la province de l’Ogooué Maritime.

Au milieu des années 90, on a vu éclore divers styles de danse comme la fameuse danse appelée la « Wu Tang » apparue avec le son de TuPac « Me And My Girlfriend »(cliquez-ici)

-Les années 2000

C’est incontestablement dans les années 2000 que la danse urbaine gabonaise va prendre une grande dimension avec l’avènement du Bôlô qui marque le début de tout ce que l’on danse dans les rues d’Lbv aujourd’hui.

Le Bôlô prend naissance dans les pivots de la capitale et se propage dans les coins chauds de tout le pays et un des sons du rappeur américain N.O.R.E « Consider This »(cliquez-ici) (qui était devenu l’hymne de ce mouvement) a été transformé par les gabonais en « c’est qui qui danse le Bôlô »; un show (Battle) diffusé à la télé dans les année 2006-2007 a permis de le faire connaitre d’avantage et les vidéos de la Battle circulaient sur le net et de PC en PC.

Le Bôlô s’est très vite décliné en sous genre de danse nommée « le Jazzé » et c’est là qu’on vit apparaître les premières  « vidéo-dance »(cliquez-ici), les pas étaient la plupart du temps exécutés sur des titres d’artistes nigérians tels que Bracket.

En terme d’artistes locaux, c’est le groupe Kifra-L dans le clip du titre « WAZE » qui a vulgarisé le Jazzé avec des chorégraphies qui montraient toutes les « bottes » de cette danse. Et par la suite quelques artistes se sont lancés dans la promotion de cette danse urbaine c’est le cas de Groupe Hayoe ft. La Mama sur le titre « Jazzé ».

-Les années 2010

Le Jazzé est rentré dans la nouvelle décennie avec le clip de Kifra-L sorti en mais 2010 … et c’est dans les années 2013 qu’arrive une autre tendance chorégraphique issu du jazzé, le Ndem  encore appelé « le Fia »  ou « Casser le dos« ;  les premiers pas ont été esquissés sur des sons tels que « Épuisé » de Maître Gim’s ou « Leggo » de la rappeuse gabonaise VICKY. Mais c’est sans aucun doute l’artiste J-Rio qui popularise le mouvement en sortant l’hymne officiel titré « Ndem » avec des « vidéo-dance » sur YouTube.

Lire la chronique sur “Le Ndem « (cliquez-ici)

Un an après, le phénomène Ntcham(ou Tcham selon les écritures) envahis le pays, cette danse fut révélée sur des sons afrobeats tels que « Metanfo » de BISAKADI ou bien « Adonai » de SARKODIE. Cependant, J-Rio est l’artiste gabonais qui a relevé le défi de valoriser cette danse à travers le concept de la « Ntcham Vidéo challenge », ou l’on voit plusieurs personnes connues et anonymes poster des vidéos de démonstration de « Ntcham », sur son fameux single Sors ça (cliquez-ici pour voir le clip). Par la suite plusieurs autres artistes ont suivi le mouvement qui s’est répandu comme une traînée de poudre.

Lire la chronique  sur « la Ntcham »(cliquez-ici)

Comme ses sœurs avant, La Ntcham fut déclinée en Ntcham 2.0, cette nouvelle tendance se danse sur des sons afrobeats mais aussi sur des tubes locaux tels que « Tchapy » de Ng Bling feat. J-Rio, « Maman Audrey » de J-Rio ou encore « Mani mate le nien » de Tempêtes du désert et bien d’autres …Des artistes étrangers ce sont aussi mis dans le bain, c’est le cas de Fabregas Le Métis Noir sur le titre  « Ya Paty » : La Ntcham – La Danse des Africains(cliquez-ici)

-Aujourd’hui

Aujourd’hui dans les quartiers d’Lbv des nouvelles danses éclosent comme des œufs . On a récemment vu l’apparition du Ngozo et du  Zieuté : des danses transfuges de la Ntcham, elles ont été créées en parallèle…

En 10 ans on a créé une multitude de danses qui se sont démodées rapidement : elles s’oublient aussi vite qu’elles n’apparaissent. Certes on ne doit pas limiter et bloquer l’inspiration mais à ce rythme on ne peut pas asseoir une véritable danse urbaine gabonaise qui pourra durer et s’exporter pendant longtemps…Et la danseuse-chorégraphe Boo Dee contribue énormément à sa vulgarisation à l’étranger, elle est une référence dans cette activité depuis une dizaine d’années déjà.

Si on prend l’exemple de la danse moderne « Oriengo » très populaire à l’époque mais faute d’engouement des artistes autour de ce concept créé par Kaki Disco, la danse s’est vite éteinte et le chanteur Fally Ipupa s’en est même accaparé en le chantant sur un de ses titres. Le Coupé Décalé qui a près de 15 ans aujourd’hui est toujours d’actualité car la matrice originelle est présente : pourquoi ne faisons-nous pas autant ? Est-ce par égo ?

Les danseurs veulent-ils à tout prix s’attribuer la paternité d’une tendance ? On a l’impression que c’est le cas car ils ne cessent de créer et modifier ; du coup les novices sont perdus et doivent à chaque fois faire une « Mise à jour » de la danse urbaine gabonaise.

Les artistes tendances ne doivent pas hésiter de perpétuer les danses urbaines gabonaises en les valorisant dans leurs vidéos : c’est le Pays qui Gagne. Ce qui est sûr c’est qu’on ne peut pas exporter une culture urbaine instable… la Ntcham n’a même pas 3 ans et on assiste déjà à ses obsèques… Elle est morte en guerre !!!

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Passionné de musique et de TIC, avant-gardiste dans la diffusion des contenus ; milite pour la musique urbaine gabonaise.

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