LUIDJIZAMO : « La musique aujourd’hui c’est en partie une histoire d’opportunités »

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LUIDJIZAMO est un rappeur qui vit à Bordeaux. Artiste-auteur-compositeur et passionné de hip hop, ça fait une dizaine d’années qu’il gratte ses textes et poursuit son bonhomme de chemin. Auparavant membre du label ATCHET GANG entre 2015 et 2017, il évolue désormais au sein du label BLACKSTARMUSIC, structure musicale indépendante dont il est membre co-fondateur.

Ce rappeur prévoit des nouveaux projets pour bientôt, il n’a pas la langue dans sa poche car il parle sans ombrage de lui et de sa vision du hip hop gabonais dans cette interview exclusive.

WAZEMUSIC : Bonjour LUIDJIZAMO, comment es-tu arrivé dans le rap et quand est-ce que ça a commencé ?

LUIDJIZAMO : bonjour WAZEMUSIC, Mbolo la mif !!!  Comme la plupart des rappeurs c’est en écoutant du rap que j’ai fini par en faire. Mon grand frère était rappeur à l’époque, du coup j’ai un peu baigné dans l’ambiance musicale étant tout petit. Rap US, français ou gabonais, j’écoutais un peu de tout.

Le déclic a été en 2007, C’est après avoir écouté en boucle les albums de KEURTYCE E (Negristerik), et SHADM (l’incontournable) que j’ai commencé à gratter mes premiers textes. C’est rapidement devenu une passion, je faisais des prestations pendant des kermesses de fin d’année au lycée (mdr), des Freestyles entre deux cours, au quartier avec des potes pour tuer le temps, bref rien de très sérieux, la priorité pour moi à ce moment c’était les études, je n’avais pas envie de me disperser.

Ce n’est qu’en 2015, après une longue pause que j’ai décidé de me lancer officiellement avec la sortie de mon premier single intitulé « je fais les deux ».

WAZEMUSIC : Tu es co-fondateur du label BLACKSTARMUSIC, peux-tu nous en parler succinctement ?

LUIDJIZAMO : BLACKSTARMUSIC (BSM), c’est l’aboutissement d’un projet nourrit depuis longtemps par RIMZO BEATS. Quand je suis arrivé à Bordeaux, on a commencé à travailler ensemble et on s’est rapidement rendu compte qu’on avait une vision artistique tournée vers la même direction.

C’est ainsi qu’il m’a parlé de son projet, m’a proposé de le rejoindre dans l’aventure, j’ai tout de suite adhéré et on a mis la structure en place, avec les deux autres collaborateurs HARDY et VANSLAURE (directrice artistique et manager du label).

C’était une manière de mettre toutes les chances de notre côté pour parvenir à des résultats professionnels. Aujourd’hui le label compte 6 rappeurs-chanteurs (AXL, HILARY, NELYO, HARDY, DONSKIN et moi), un beat maker (RIMZO) et un graphiste (KF DESIGN).

WAZEMUSIC : Avec ce label, on t’a vraiment découvert sur certains projet comme « Parcours » ou encore « Amina », comment le public a-t-il accueilli ces singles ?

LUIDJIZAMO : Je pense qu’ils ont été bien accueillis, on a eu d’excellents retours, « Amina » est un titre un peu plus festif, il a donc bénéficié d’une visibilité plus large, dans l’ensemble le bilan est positif concernant ces deux sorties qui ont en quelque sorte lancé le parcours de la BSM.

WAZEMUSIC : Une question nous taraude souvent l’esprit, pourquoi les artistes gabonais en France n’arrivent pas à s’imposer ? As-tu une idée ?

LUIDJIZAMO : Pas mal de raisons peuvent expliquer cela, déjà ça dépend des objectifs de chacun, c’est pas parce qu’on fait de la musique en France qu’on a forcément pour but de s’y imposer.

Pour ceux qui ont cette ambition, je pense que la difficulté pourrait venir du fait que nous sommes, pour la plupart, venus en France pour les études, à un âge que je pourrai considérer comme avancé vu le contexte. On n’a donc pas forcément les pré-requis nécessaires pour bénéficier d’une Street crédibilité ici, de par nos expériences, éducations de base qui sont différentes.

L’option pour moi qui est envisageable c’est d’apporter notre propre délire, en termes d’ambiance je pense qu’on a suffisamment d’arguments à faire valoir, mais là aussi c’est compliqué parce que nous sommes peu nombreux et très peu solidaires. Le Gabonais a plus de facilité à dénigrer au lieu d’encourager, C’est bien dommage.

Personnellement je ne calcule plus quand j’écris, je fais ce que j’ai à faire. L’essentiel c’est d’exprimer ce que j’ai à exprimer, Même si ça ne touche qu’une personne, j’aurai quand même un sentiment de devoir accompli et pour moi c’est le plus important.

WAZEMUSIC : Les collaborations avec les artistes de l’hexagone sont assez rares, ne penses-tu pas que c’est une solution pour ouvrir notre musique au monde ?

LUIDJIZAMO : Bien sûr que c’est une solution, il faut juste avoir le réseau, la chance de tomber sur X qui te conduira à Y. Effectivement ça peut aller très vite si on est au bon endroit quand il faut.

La musique aujourd’hui c’est en partie une histoire d’opportunités, il faut aller à la conquête de la chance pour pouvoir la saisir, C’est justement dans ce sens que nous sommes entrain de nouer des partenariats avec des structures locales, des radios, des promoteurs culturels pour étoffer notre carnet d’adresse.

WAZEMUSIC : En parlant de collaboration, la dernière sortie s’intitule « OKALAMAR #2 » avec deux autres artistes, c’est quoi ce concept et pourquoi avoir invité JORDAN et DON FELIPE ?

LUIDJIZAMO : Okalamar 2 est le deuxième numéro d’une série de Freestyles que j’ai lancé en fin d’année 2018. En résumé C’est un track qui met en évidence et confronte des opinions, des idées dans le but de faire passer un message.

On a souvent vu le cas de figure ou les artistes viennent tirer sur le système, on a voulu traiter le sujet sous une autre perspective, estimant que chacun à sa part de responsabilité dans l’histoire. L’objectif était de pousser chacun à mener une introspection par rapport à la situation dans laquelle se trouve notre pays, sans vouloir s’ériger en donneur de leçon ou quoique ce soit.

JORDAN et FELIPE c’est la famille, on rappe ensemble depuis plusieurs années, et on a toujours voulu collaborer de manière concrète.

Quand j’ai eu l’idée du son, je ne me suis pas posé milles questions (mdr) je connais mes éléments, je savais qu’ils allaient envoyer du solide, et que nos complémentarités pouvaient donner un truc intéressant. Ils ont répondu présents et de fort belle manière.

WAZEMUSIC : Aimerais-tu avoir en feat d’autres artistes gabonais ? Lesquels par exemple et pourquoi ?

LUIDJIZAMO : Évidement, ce serait un honneur de collaborer  avec KEURTYCE E qui est pour moi l’une des références en matière de hip hop gabonais, son abnégation et la loyauté qu’il porte à ses convictions sont des valeurs qui m’ont toujours inspirées.

J’apprécie aussi BIG ROW, musicalement je trouve que c’est très fort ce qu’il fait et il défend bien ses valeurs culturelles. Voilà un artiste pour qui les plus jeunes pourraient prendre exemple.

WAZEMUSIC : Quelle vision as-tu justement du rap game boma depuis l’hexagone ?

LUIDJIZAMO : Je trouve qu’il y a d’excellents rappeurs, des potentiels à développer. Malheureusement l’industrie n’est pas solide et demeure à un stade embryonnaire. J’ai même l’impression que le mouvement a reculé de ouf, qu’il y avait beaucoup plus d’engouement au début des années 2000.

Le milieu du hip hop au bled est encore miné par plusieurs maux, déjà l’éternel souci des droits d’auteurs, le favoritisme, il faut appartenir à tel ou tel bord pour avoir accès à tel média, pour pouvoir organiser un évènement, la liberté d’expression reste confinée, bref vous imaginez bien que c’est compliqué de rendre à l’art ses lettres de noblesses dans ces conditions.

Le jour ou on aura une industrie solide et autonome, on pourra rêver grand parce qu’il y a vraiment du potentiel.

WAZEMUSIC : Qu’est-ce tu nous concocte pour l’avenir ?

LUIDJIZAMO : Je suis actuellement entrain de travailler sur mon premier projet qui devrait voir le jour en fin d’année. Le format n’est pas encore déterminé, je vous en dirai plus ultérieurement.

WAZEMUSIC : Merci Ndami, avec qui zones-tu sinon ? Et quelle est ta punchline de fin ?

LUIDJIZAMO : Je zone avec les éléments de mon label, c’est une famille. Un maxi big up À DON FELIPE, JORDAN et les bros du COLLECTIF BLOCK CHAIN à Bordeaux. « On défend les même couleurs mais ne pense pas qu’on est tous pareils, Le Fc Bâle ne sera jamais l’égal du barça »

C’est moi qui vous remercie pour le soutien et l’intérêt que vous portez à ce que je fais. Big up à tous les lecteurs. On est ensemble !

Retrouvez LUIDJIZAMO sur  Facebook (ici)

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Passionné de musique et de TIC, avant-gardiste dans la diffusion des contenus ; milite pour la musique urbaine gabonaise.

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