MAGGEINTHA «Je m’excuse au nom du groupe»

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WAZEMUSIC: Bonjour Dany, comment le public a-t-il accueilli « la carte joker » ton premier album ?

MAGGEINTHA: Je vous remercie de l’intérêt que vous me portez, je tiens à remercier tout d’abord LES PRODUCTIONS BRICE MARCUS, COULEURS INDUSTRY pour m’avoir permis de matérialiser le projet  « La Carte Joker « .C’est ma première sortie en solo en tant qu’artiste et producteur. J’ai été moi même surpris du succès qu’il a eu surtout dans un pays tel que le notre où il n’existe pas un véritable marché de la musique. Rien que de fin février (date de sortie de La Carte Joker) à la fin juin 2013, 800 exemplaires ont été vendus à la Discotype Mbolo. Aujourd’hui j’en suis à plus de 1800 exemplaires vendus. Et je remercie tous ceux qui ont cru en mon talent, et les curieux qui l’ont acheté.

WAZEMUSIC: Avec ce projet, penses-tu t’être affranchi de l’emprise du groupe Hay’œ ?

MAGGEINTHA: Affranchi n’est peut- être pas le mot mais disons que j’ai pu démontrer mon indépendance au groupe que j’ai créé avec Massassi, en étant un Artiste à part entière. J’ai ainsi travaillé avec de jeunes talents (John Loo-K, A2T, Fritz, Cire Devinci, Steeve Dogg, Davy James, Fabass, Shaalah Da Devil etc…) pour la réalisation de l’album La carte Joker(musiques, infographie, vidéos, featuring) afin de m’éloigner du concept du groupe et de concevoir un univers qui était le mien, l’univers « Maggeintha ».

 WAZEMUSIC: Il se raconte que t’en étais le leader, regrettes-tu la dislocation du groupe ?

MAGGEINTHA : Je suis le père co-fondateur d’Hay’œ et donc son leader depuis sa création, bien que l’on faisait des rotations de « leader ». Ce système avait pour but  d’impulser, à chacun des mandats, un nouveau souffle managérial au crew.  Il n’est pas question de dislocation pour le moment, Hay’œ à été reconnu pour sa plume engagée  et je ne me reconnaîtrais jamais dans un Hay’œ au discours flagorneur si jamais cela arrivait.

WAZEMUSIC: Les adeptes de hip hop ont été désagréablement surpris par le retournement de veste d’Hay’œ en 2009, comment as-tu vécu cette situation ?

MAGGEINTHA: Pour ma part il n’y a pas eu de retournement de veste, nous avons été contacté comme tous les artistes par tous les candidats à l’élection présidentielle car la musique c’est d’abord une passion et du business soulignons-le. Et pendant toute la campagne en ce qui concerne Hay’œ nous avons chanté, sans crainte et retenue aucune, tous les titres engagés que le peuple gabonais connaît! Même le titre «Laissez-nous avancer», contrairement à ce qu’ont pensé plus d’un, est une production qui était à l’intérieur du 4ème album d’Hay’œ (Pyrogravure) et qui n’avait rien avoir avec l’élection c’est juste que c’est le son qui a emballé tout le monde sur scène. Et ça a donné ce que l’on connaît aujourd’hui.

Je m’excuse au nom du groupe, car on a manqué de communication avec notre public pour leur expliquer le pourquoi de notre participation à  cette campagne présidentielle la première du genre sans Omar Bongo après 40 ans. Nous n’avons pas voulu être de simples spectateurs, mais des acteurs de cet événement majeur au lieu de critiquer pour critiquer, rapper pour rapper, car nous avons perçu le projet du candidat comme porteur d’espoir et qui allait dans l’intérêt général, l’intérêt de tous. Ce sont les idées et surtout la vision républicaine qui en ressortaient qui nous ont séduit c’est tout. Le reste ne m’intéresse pas et personne n’est parfait. Nous ne sommes pas les premiers à le faire il y a des exemples ailleurs, on a vu Jay-Z pour Obama, Kelly Rowland pour Bush, Doc Gynéco pour Sarkozy

WAZEMUSIC: Comment vis-tu ta vie professionnelle et cette nouvelle carrière solo ?

 MAGGEINTHA: C’est super! On me félicite pour la teneur de mes textes, d’avoir toujours gardé la plume que l’on me connait et le message d’espoir qu’ils véhiculent. Pour mes débuts en solo j’avoue que  la partie n’était pas du tout aisée. Quand vous êtes en groupe c’est un peu plus facile mais là j’avais une pression énorme, de la composition musicale en passant par l’écriture les refrains à la réalisation des clips ce n’était pas aussi évident qu’on le pense. Je crois avoir bénéficié d’un peu d’expériences en 24 ans de rap pour avoir réussi à produire des hits tels que «Mauvais Regard», «Authentique» ou « La Carte Joker ». Je tiens au passage  à féliciter des frères qui officient en solo et qui se battent pour tenir la route tels que Ba’ponga,  Lord Ekomy, Johny B Good pour ne citer que ceux là.

WAZEMUSIC : A travers ta page facebook, on a vu des images du coté de Mbeng peux-tu édifier tes fans sur ce qui s’y trame ? Et quels sont tes projets imminents ?

 MAGGEINTHA: Rire!!! J’ai fait de belles rencontres à Paris et à Marseille tout aussi de bons deals, le reste c’est une surprise.

WAZEMUSIC: Quelle vision as-tu présentement du rap gabonais? Et que penses-tu de la Ntcham ?

MAGGEINTHA: Il n’y a plus ce RAP porteur de bons vrais messages marqués d’une bonne dose d’éveil des consciences, il n’y a que du mépris ou de la colère vaine distillée dans certaines chansons avec des problèmes de syntaxe, de grammaire et des expressions pauvres qui se dissimulent derrière un argot sans nom. Le rap de maintenant souffre d’un manque de représentativité véritable des couches sociales défavorisées, un rap qui n’est plus en phase avec nos réalités du moment, nos mœurs et notre culture… Depuis 2009 j’ai l’impression qu’on caresse tout dans le sens du poil et  qu’on musèle certains rappeurs : soit ça parle de bling bling et sans autres fondements véritables ou soit ça véhicule des messages qui ne cadrent pas avec les réalités du pays, c’est un rap fade et sans esprit saint de compétition.

J’ai été un ancien bon danseur urbain avant de me lancer dans le Rap. J’apprécie ces nouvelles danses qui fusent au quotidien. La « Ntcham » n’est qu’une autre des formes de danse urbaine, et c’est formidable! Ces formes de créations sont issues de la street, de nos influences culturelles, nos émotions et nos sensibilités. Il y a 14 ans de cela j’étais l’un des premiers à créer un pas de danse le « Petit colis » qui était mal perçu par certains rappeurs mais aujourd’hui avec du recul c’est quasiment tous les rappeurs même ceux de l’hexagone qui emboîtent le pas car la danse fait partie intégrante de la culture  Hip Hop. Malheureusement nos danses made in Gabao ne traversent nullement nos frontières ou sont très mal connues et c’est dommage! Nous ne sommes pas assez représentatifs à l’international il n’y a qu’à mater Trace TV.

WAZEMUSIC: Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

MAGGEINTHA: Dany Maggeintha, Naugthy by Nature, Georges Brassens, NTM,IAM,JayZ, V2A4,Mozart, Mackjoss,  Kassav, Francky Vincent,  Stromae, Dr Dre, Kerry James, Oliver Ngoma et Michael Jackson.

 WAZEMUSIC: Quel est ton  expression préférée en toli Bangando ?

MAGGEINTHA: Tu vas te waze Khalifa  » rire!

WAZEMUSIC: Et le bèlè ?

MAGGEINTHA: Feuilles de manioc avec la banane mure !!!

WAZEMUSIC: Ton mot de fin pour les wazenautes ?

MAGGEINTHA: Apprenez à acheter les albums de vos artistes préférés et non les graver,la musique rap c’est aussi du business, mes convictions et mon combat restent les mêmes depuis que j’ai débuté la musique, j’essaie de construire des textes caricaturant les différents maux qui minent notre société. Mon album « La Carte Joker » est toujours disponible à Discotype Mbolo à 5000 Fcfa et sur iTunes, Emusic à 10,99 €. Mon prochain single sortira dans quelques semaines  il se titre le « Bossu » à télécharger abusivement. Merci à vous Wazemusic, joyeux Noël  et bonne année à tous !

 

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