NDJASSI NDJASS : « l’album Mapane Groove existe grâce à mon voyage à Bordeaux »

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Il est l’un des pionniers du rap gabonais, il a marqué l’histoire du rap avec son groupe et en solo. Auteur de plusieurs hits dans les années 90 et l’année 2000, il continue d’écrire l’histoire. Nous sommes allés à la rencontre de NDJASSI NDJASS, ex membre du mythique SIYA POSSI X, il évolue désormais en solo. Il fait également partie des rares caciques toujours actifs dans le game. NDJASSI NDJASS nous a reçu dans un climat particulier, à l’heure où le pays est frappé de plein fouet par le CORONAVIRUS.

WAZEMUSIC: Bonjour NDJASSI, nous te remercions de nous recevoir pour cette séance de questions- réponses. Tu es l’un des pionniers du rap gabonais, peux-tu nous en dire un peu plus sur la genèse du mouvement hip hop au Gabon ?

NDJASSI: Bonjour à vous et merci de me donner la parole à l’instant où nous sommes tous touchés de plein fouet par la pandémie du COVID-19.  Alors, pour répondre à votre question, je dirai que la danse était l’élément dominant dans le Game en 1989, il y avait des groupes de danse un peu partout dans Libreville, beaucoup de Battles de danse au stade, dans les salles de spectacle comme à la foire. Le rap commence à montrer le bout de son nez vers la fin de l’année 89 début 90.

D’ailleurs, le premier concert de rap gabonais a été organisé dans cette période (fin 89 début 90) au gymnase omnisport par GRÉGORY MINTSA et cet évènement s’appelait « La Nuit Sauvage ». Ensuite ARCADE a pris la relève avec son émission « Survoltage » sur AFRICA N° 1, et après on a eu l’arrivée des « Rappeurs de la Côte Ouest », c’est-à-dire les rappeurs de Libreville.

En ce qui concerne mon groupe il y avait CRIMINAL MC à Owendo qui est devenu CIA POSSE X puis SIYA POSSI X. En 1991 nous avions sorti un album qui était en quelque sorte la première cassette de rap gabonais intitulé « Séyougame », et c’était produit par le Centre Culturel Français.

On a eu d’autres sorties notamment les cassettes de BUCKDRAMA où on avait la participation des acteurs du rap actuel à l’instar de MOVAIZHALAINE, BA’PONGA etc. .

Mais il faut dire que le groupe V2A4 nous est passé dessus car eux, ils ont sorti le premier disque vinyle de rap gabonais en 1991. Maintenant s’il faut dire les choses avec une certaine honnêteté, c’est le groupe V2A4 qui est pionnier dans le domaine en termes de discographie, ensuite SIYA POSSI X.

Après ça s’est enchainé avec CONSCIENCE NOIRE, RAABOON, MH, HAY’OE etc. Ce n’est pas de manière chronologique je parle de ce que j’ai vécu en général.

WAZEMUSIC: Tu es l’un des membres fondateurs du groupe SIYA POSSI, comment s’est-il formé ?

NDJASSI: Il faut savoir qu’avant d’intégrer le groupe SIYA POSSI X, j’avais mon groupe nommé LES NEW RAPPERS, et les autres avaient IZB. On se rencontrait parfois pour parler Musique ou bien jouer au football à OWENDO. Je quitte LES NEW RAPPERS car mes amis n’étaient pas vraiment engagés dans le rap ils le faisaient juste pour le fun.

J’ai donc intégré IZB avec LAWANA, STOMY et YJ. Maintenant dans IZB, il y a eu une scission et je quitte IZB avec LAWANA pour former notre groupe CRIMINAL MC. YJ nous rejoint et quelques temps après DOUBLE P et BACKSTOO nous rejoignent à leur tour. Et on enregistre notre premier album CIA POSSE X.

WAZEMUSIC: Quels sont tes meilleurs souvenirs avec le groupe ?

NDJASSI: Alors, des souvenirs j’en ai tellement : ce sont des concerts, des tournées dans le Gabon, la joie que nous avions eu lorsqu’on était en possession de notre premier CD, celui de l’album « Mapane Groove Acte 1 ». Et pour la petite histoire, l’album « Mapane Groove » existe grâce à mon voyage à Bordeaux où j’ai passé trois ans.

J’ai rencontré un producteur en 1996 à qui j’ai fait écouter notre album, il a apprécié et il m’a dit qu’il vient avec moi au Gabon pour qu’avec le groupe on fasse un travail meilleur que celui-ci. Donc on a fait l’album « Mapane groove acte 1 » et deux ans après en 1998, nous avions sorti « Mapane Groove acte 2 ».

Il y a aussi des événements malheureux qui m’ont marqué comme celui du concert à GABON EXPO, le public était là sous les tentes mais il y avait des jeunes qui sont montés sur les bâches des tentes pour suivre le spectacle. Au moment où on a presté avec le tube « To kill Lawana », l’une des bâches a cèdé, les gens sont tombés et on a appris quelques jours après que trois de nos fans sont morts cette nuit-là et ça m’a vraiment marqué je ne l’oublierai jamais.

WAZEMUSIC: Et quels sont les difficultés que vous aviez rencontrées ensemble ?

NDJASSI: Pour les difficultés, on nous chassait des plateaux télévisés prétextant que nous faisions de la musique de voyous, nous nous sommes battus pour marquer notre histoire. Et sur le plan professionnel, avant l’arrivée du producteur MICHEL CAPDEVIEL, nous n’avions pas de matériel. On avait un appareil qui nous permettait d’avoir sur une piste des voix et sur une autre piste la musique.

Lorsqu’on enregistrait il fallait qu’on se passe le casque et qu’on se relaye rapidement le micro et si l’un d’entre nous se trompait on devait tout recommencer à zéro.  Donc la première prise devait être la bonne sinon on reprenait tout à zéro et ce n’était pas facile.

WAZEMUSIC: Après un long silence NDJASSI a refait surface en solo avec un album en 2001, quel bilan fais-tu de ta carrière 19 ans après ?

NDJASSI: Je dirai avec honnêteté que le bilan me paraît mitigé. Avec le premier album, je voulais faire du SIYA POSSI X, mais le public n’a pas capté j’ai réfléchi sur une nouvelle direction artistique, il fallait que je fasse quelque chose d’original pour me démarquer.

J’ai donc laissé tous les codes du rap pour m’associer à des artistes variété telles que STÉPHANIE AFENE et NADÈGE que je remercie pour les titres « Wally » et « l’affaire est classée ». Je faisais ce que l’inspiration me guidait et je me suis fait un autre public car les fans que j’ai eu avec « Wally » sont bien différents de ceux qu’on avait à l’époque de SIYA.

En solo, j’ai fait trois albums : « Ambassadeur » en 2001, « Boomerang » en 2006 et l’album « TTC » en 2011. En dehors de ces trois albums, j’ai deux maxi-singles. J’ai fait autant d’albums qu’avec mon groupe c’est une satisfaction pour moi.  J’ai beaucoup voyagé durant les dix premières années de ma carrière solo. J’ai visité l’Afrique, du Nigéria au Sénégal jusqu’en Afrique du Sud.

Je suis à l’origine de la transformation de la musique urbaine gabonaise puisqu’aujourd’hui, les jeunes rappent sur du zouk, d’autres chantent, ce que personne n’osait faire à l’époque et j’ai brisé cette barrière.

WAZEMUSIC: Et si tu nous parlais de ta collaboration avec le groupe P-SQUARE ? Pourquoi le single n’est jamais sorti ?

NDJASSI: P-SQUARE est venu au Gabon par l’entremise d’un Monsieur Nigérian du nom de ABDOULAZIZ, c’était leur première sortie internationale à l’occasion de la tournée promotionnelle de leur album « GetSquared ».

Ce Monsieur c’est un bon grand à moi, il les a fait venir en partenariat avec MOOV. Je faisais partie du comité d’organisation et j’étais aussi parmi les artistes qui devaient prester. C’est ABDOULAZIZ qui me présente à PETER et PAUL, on est devenu très proches, je leur faisais visiter la ville avec mon véhicule, on allait en boite de nuit etc.

Après le concert, ils sont retournés en me promettant de m’inviter à Lagos. Un mois après, ils m’ont appelé je suis allé à Lagos et c’est là-bas qu’ils ont eu l’idée de faire le remix de mon single « l’artiste ». On a enregistré mais ce titre devait apparaitre dans un projet appelé « invasion africa ». Leur idée était de faire une collaboration avec un artiste des pays qu’ils ont visité.

Malheureusement, le projet n’a pas abouti parce-que d’une part, ils n’avaient pas pu retenir certains artistes pour le projet et d’autre part la maison de disque a désisté. La chanson existe, elle est protégée par des droits et par un contrat bien ficelé.

WAZEMUSIC: As-tu songé à produire les artistes en herbe ?

NDJASSI: Effectivement, j’ai mon label AMBASCO RECORDS, je fonctionne en autoproduction, de temps à autre, je m’associe à des structures de management, c’était le cas avec BARON PROD. J’ai produit un groupe de rap le SYNDIKAT DES KAYAS, ils ont fait un album de onze titres qui s’appelait « Un œil sur le pays », j’ai aussi produit un autre artiste YOLINO ; on a fait un album que j’ai associé à mon maxi TTC donc lorsqu’on achète le maxi on a un album de YOLINO offert.

Il y a aussi KHRYDA, une jeune artiste de RnB. Il faut aussi reconnaitre que je n’avais pas suffisamment de temps (à cause de mon travail, j’allais tout le temps en mission) encore moins les moyens donc je faisais de mon mieux pour les faire connaitre. YOLINO et KRHYDA sont toujours là ils travaillent en studio en ce moment.

WAZEMUSIC: À une période tu étais la cible des rappeurs engagés à l’instar de KEURTYCE E c’était quoi la raison de ce clash ?

NDJASSI: (Rire) Elle est bien bonne celle-là putain! Je suis mort de rire. KEURTYCE c’est un petit frère, c’est l’ami de KEN KIZ (SIMA NDONG), le petit frère de DERCY (LAWANA).

Quand on allait en concert ce sont eux qui portaient nos sacs, qui surveillaient nos fringues dans les coulisses c’étaient nos petits, ils marchaient derrière nous. Je ne peux pas avoir de clash avec lui. Je sais qu’il y a eu un malentendu : ils ont participé à un BANTU LIVE avec GEORGES KAMGOUA, au début je le leur avais proposé, ils ont refusé par ce que ce n’était pas payant.

GEORGES KAMGOUA m’avait bien dit qu’il y avait des artistes qu’il ne pouvait pas payer mais en compensation, il leur laisse le studio ouvert. Pour moi c’était une bonne occasion pour eux de gagner en notoriété mais ils ont refusé et j’ai appelé GEORGES pour lui dire clairement qu’ils n’étaient intéressés par la proposition.

Pendant que je suis à Port-Gentil pour parrainer un évènement de Rap, eux ils vont derrière moi, le jour du BANTU LIVE, demander à GEORGES de les caler pour le show. Ce dernier leur a dit que ce n’était plus possible puisque je lui avais déjà dit qu’ils n’etaient pas intéressés.

Ils se sont sentis frustrés, ils se sont joints à DOUBLE P lors de sa prestation et à la fin de sa prestation, ils ont pris les micros pour insulter publiquement GEORGES. Dès que je l’ai appris, je leur ai exprimé mon mécontentement et j’ai résilié mon contrat avec eux parce-que GEORGES KAMGOUA c’est un aîné, il a beaucoup fait pour le rap gabonais, ils n’avaient pas le droit de l’insulter publiquement.

SYNDIKAT DES KAYAS a fait des sons sur moi, KEURTYCE E aussi est entré dans la danse, je les ai laissé s’exciter et puis c’est mort comme c’est né ils sont passé à autre chose. Je n’ai jamais été en clash avec quelqu’un et j’insiste là-dessus. Je sais que j’ai affronté MÂAT SEIGNEUR LION dans un ring on s’est froissé lyricalement c’est tout.

WAZEMUSIC: Les fans te reprochent d’avoir soutenu le parti au pouvoir pendant les élections présidentielles qu’en penses-tu ?

NDJASSI: Merci de me donner l’occasion de parler enfin de ce sujet. Je m’attendais à toutes ces critiques puisque je viens d’un groupe mythique comme SIYA POSSI X, il est difficile pour certaines personnes de comprendre les raisons pour lesquelles je me suis impliqué dans les affaires politiques, je les comprends bien.

Je savais que je devais recevoir une avalanche d’insultes, de reproches en tout genre. Je suis de ceux qui pensent que les choses changent, je me suis trouvé ma voie malgré mon appartenance au groupe SIYA POSSI X, j’ai mis de côté toute la philosophie que j’avais avec le groupe, j’ai agi en artiste libre.

Pour mon soutien au candidat du parti au pouvoir, j’ai pris ça comme un contrat, c’est-à-dire, je suis un prestataire on a sollicité mes services j’ai répondu, j’ai présenté mes conditions et ils ont accepté. C’est si simple que ça. Je n’avais pas de penchant politique ce n’était que du business. Et si je devais véritablement prendre position, j’aurais toujours pris position pour le candidat qui a été élu car c’était lui à mon avis, le candidat idéal.

Mais sachez que ma participation était purement du business même si je m’attendais à des critiques. Je n’ai plus rien à dire là-dessus, ce qui est fait est fait.

WAZEMUSIC: Tu as récemment participé au Catalogue Challenge avec DANY MAGGEINTHA, quel était l’intérêt d’y participer ?

NDJASSI: LESTAT m’a appelé pour me parler du projet que je connaissais déjà, il voulait que je le fasse contre NGT mais il n’était pas disponible. J’ai alors proposé le nom de DANY MAGGEINTHA, puisque c’est un pote il ne refusera pas et en plus ce sera marrant.

Alors l’intérêt était d’abord de soutenir LESTAT parce qu’on apprécie son concept, ensuite diffuser des conseils contre le COVID-19, essayé d’égayer les fans, les sortir de l’ennui du confinement.

WAZEMUSIC: un mot pour la nouvelle génération ? Des projets en vue?

NDJASSI: Je leur dis tout simplement de continuer de travailler malgré les critiques sur le contenu de leurs textes, je pense qu’ils doivent continuer à se documenter, d’apprendre un peu plus sur l’histoire du rap gabonais ça pourra leur servir un jour.

Pour les projets, je suis sur un album commun avec MAGGEINTHA, nous avons déjà enregistré trois titres et une vidéo, on va le faire à notre rythme. Ce sera le premier album commun de deux grands groupes de rap gabonais. Tout ceci c’est pour continuer de marquer l’histoire du rap gabonais.

WAZEMUSIC: Merci NDJASSI NDJASS, un mot pour la fin ?

NDJASSI: Je rappelle aux jeunes que le hip hop c’est l’amour et la paix, il y a des clashs mais ne suivez pas ça. Des fois, les gens me demandent ce que je pense de LORD EKOMY NDONG, je leur repond tout simplement que c’est un petit frère c’est un mec très talentueux, on peut ne pas être d’accord sur tout mais il reste mon petit frère tout comme BA’PONGA et les autres qui viennent derrière nous.

Merci à vous WAZEMUSIC, félicitations pour le travail que vous faites, je vous suis…Peace and love and having fun merci.

 

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Acteur social, passionné des langues , des cultures urbaines et des Technologies de l'Information et de la Communication.

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