Que le hip hop gabonais repose en paix !!!

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Il est connu de tous que le mariage entre la politique et la musique est souvent dangereux et malsain, c’est une relation contre-nature. Les artistes s’exposent aux attaques et à la colère de leurs fans.

Au Gabon, c’est en 2009 que la collaboration entre les rappeurs et la politique a pris une ampleur considérable. Certains artistes ont ouvertement montré leur appartenance politique en participant à une campagne présidentielle.

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Et ce geste, considéré par certains fans comme un acte de haute trahison, a signé les prémisses d’une division dans le hip hop gabonais.

Les rappeurs se sont engagés dans une aventure assez risquée et ont mis en jeu leur carrière musicale en s’affichant avec les politiques en l’occurrence le Pouvoir en place. Le plus étonnant dans toute cette histoire est que malgré les vives critiques ces derniers ont à nouveau posé le même acte.

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Cela nous pousse à se mettre à leur place afin de comprendre ce qui se passe réellement dans la tête d’un artiste urbain gabonais. En d’autres termes nous allons tenter de répondre aux questions récurrentes qui définissent la vie de l’artiste urbain gabonais.

Quel est le rôle de l’artiste ?                                                                                                                        

L’artiste peut jouer plusieurs rôles, il égaie les fans, éveille leurs consciences etc…

Il n’est pas forcément un éducateur mais plutôt un exemple que certains peuvent suivre, l’artiste n’a pas obligation d’être de bonne moralité mais de mettre son art au service du peuple : surtout si celui-ci se sent opprimé.

Les artistes ont- ils le choix ?

Cette question est primordiale, effectivement ils ont le pouvoir de décision et peuvent ne pas suivre le mouvement.

Les derniers événements dans le hip hop gabonais viennent une fois de plus de jeter un froid dans le Game. Le mouvement est divisé et la cause en est la politique. L’idylle entre les deux vient à nouveau de mettre notre culture urbaine en émoi.

L’artiste peut il avoir des convictions politiques ?

L’artiste est avant tout un citoyen, il a le droit de s’exprimer comme tout autre citoyen. Il a un droit de regard sur la politique du pays et de militer où bon lui semble.

A -t- il le droit d’utiliser sa notoriété et la mettre au service de la politique?

Il peut influencer l’opinion par sa notoriété en défendant les intérêts des minorités et non le contraire. Mais la manière dont nos rappeurs s’impliquent dans le débat politique est désolante. Beaucoup se targuent de dire qu’ils n’ont pas faim chez eux mais la façon dont ils perdent leurs âmes devant quelques billets de CFA est assez surprenante.

D’ailleurs BA’PONGA le dit dans ses lyrics « trouve moi partout où il y’a le colo », « moi c’est l’argent qui m’intéresse « . Donc pour lui seul le fric compte quitte à pactiser avec le diable au point de perdre sa dignité auprès des fans et ces derniers ne pardonnent pas ce nouvel affront fait au hip hop gabonais(les différents statuts sur les réseaux sociaux illustrent aisément cet état).

Les fanatiques parlent de déception car certains des artistes parmi les plus prometteurs de leur génération se sont engagés dans cette aventures politicienne appelée « traitrise », on a pu constater des boycotts en cascade (cd cassés et jetés aux ordures, fichiers mp3 effacés etc …) ceci montre à suffisance qu’une grande partie de l’opinion ne les « suit » pas dans cette démarche.

Dans cette opinion on a la présence de la profession, qui unanimement a condamné cette nouvelle insertion de la politique dans notre hip hop, on a pu constater des réactions à ce sujet dont celles de MauvaizHaleine.

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Ont- ils le choix face au juteux pactole et l’assurance de faire plusieurs prestations quitte à s’assoir sur ses convictions et le respect des fans ?

Un artiste qui ne craint pas ses fans n’en pas un en réalité. L’artiste se doit de respecter les fans car ce sont eux qui font et défont leur réputation et leur succès. Ailleurs, lorsqu’un artiste essuie des critiques de ses fans il fait tout pour remédier à la situation mais ici c’est le contraire la honte ne fait plus partie du vocabulaire du rappeur gabonais.

Dans le cas du juteux pactole, il faut d’abord savoir que nos artistes sont affamés et asservis par le système. Face à cette situation le choix de chacun est personnel et vite fait. En tant qu’artiste un gros cachet est toujours alléchant car il n’y a pas forcément plusieurs show dans l’année pour se faire de l’argent donc ils sont attirés par cette manne providentielle.

Ces cachets qui peuvent atteindre près de 10 millions de FCFA permettent aux dis artistes de renflouer leurs caisses et de bénéficier de certains privilèges comme faire le tour du Gabon en jet par exemple. Alors, pour un rappeur comme Johnny B- Good, que lui rapportent les remarques d’un stupide fan de Rio alors qu’il a un million dans son compte AIRTEL money et un jet privé à prendre pour une tournée présidentielle dans tout le Gabon.

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Les artistes gabonais ont- ils le syndrome de Stockholm ?

A cette question nous répondrons par l’affirmative. Bien avant d’illustrer nos propos, nous définirons d’abord ce que c’est le syndrome de Stockholm.

Selon le dictionnaire Larousse, Le syndrome de Stockholm désigne un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d’empathie, voire une sorte de sympathie ou de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci. En d’autres termes c’est l’attitude d’une personne à aimer son bourreau. Les artistes son traités comme des esclaves et ils semblent s’y plaire.

D’un autre point de vue il ne faut pas trop en vouloir à nos artistes car eux aussi souffrent : ils n’ont pas « les droits d’auteur », les ventes des albums ne sont pas effectives parce que les fans n’ont pas la culture de l’achat des produits de leurs artistes. Ceci contribue à précariser la situation de nos artistes qui, au passage, ont « des bouches à nourrir en case » disent-ils.

D’où le concept « No money No respect No show » afin de revaloriser la vie de l’artiste. Mais dans ce cas d’espèce, on a l’impression que ce concept n’était qu’une grosse scène de ménage entre différents protagonistes car les mêmes choses ont reproduit les mêmes effets.

Certains artistes ont-ils subit des pressions de la part de leurs managers ou mécènes ?

 C’est fort possible quand on dépend d’une tierce personne pour faire décoller sa carrière, celle-ci peut imposer la position à tenir et si l’artiste ne s’aligne pas il peut être boycotté par tout le réseau de son patron.  Du coup l’artiste se laisse manipuler à volonté car ne voulant pas perdre son petit bout de pain et sa ressente petite notoriété.

 

Le hip hop gabonais s’était remis de la première infidélité de 2009 et commençait à reprendre des couleurs mais cette nouvelle trahison annonce une période trouble dans le Game où les clashes, les injures, les divisions seront désormais légions.

Le showbiz est divisé et les artistes sont devenus toxiques irradiés par la présence des politiciens du pouvoir qui profitent de leur aura … Et suite à cela on peut conclure avec la larme à l’œil que notre cher hip hop est « mort », il est « foutu » : que le hip hop gabonais repose en paix !!!

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Passionné de musique et de TIC, avant-gardiste dans la diffusion des contenus ; milite pour la musique urbaine gabonaise.

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