RICKY « La musique c’est fait pour les artistes originaux »

175
0

WAZEMUSIC: bonjour Ricky qu’est-ce qui t’a attiré dans le hip hop pour en faire un hobby??

RICKY: J’ai découvert le rap (et pas spécialement le hip hop) en 1992, j’étais alors en sixième en France dans un internat à Notre Dame D’Orveau (près d’Angers). Dans cet internat il y avait beaucoup de gabonais de bonnes familles, c’étaient des grands frères et eux avaient toujours les nouveaux cd: Onyx, Naughty by Nature, Tim Dog, Da Brat etc…A la même époque j’ai découvert  IAM et NTM. Par contre c’est en 1999 que je me suis mis à rapper. J’étais fasciné par Nas et par le Wu Tang, et puis y’avait Oxmo et les X Men. Ma passion pour le rap est donc passée par ma fascination pour ces artistes, je voulais essayer de reproduire les mêmes effets qu’ils avaient sur moi.

WAZEMUSIC: Ces artistes t’ont certes marqué, mais d’où te viens cette inspiration pour avoir des textes aussi explicites ?

RICKY: je pense que j’ai un don pour l’écriture, déjà à l’école primaire je faisais des dictées sans fautes parce que à la maison, ma mère, enseignante, avait beaucoup de livres et notamment des livres pour enfants. En France, mes professeurs blancs avaient aussi remarqué ce talent et même quand je soutenais pour ma maîtrise en Histoire en 2011, ma directrice de recherches m’avait dit que j’avais une grande facilité d’écriture. Pour l’inspiration il faut croire que c’est dans mon sang car mon père était lui même un grand artiste et un grand poète.

WAZEMUSIC: Le fait d’être le fils d’un artiste t’a-t-il beaucoup aidé et apporté des facilités dans cet art?

RICKY: objectivement, mon père ne m’a jamais encouragé à faire de la musique. Il voulait que je me concentre plutôt sur l’école car, disait-il, la musique ne paie pas au Gabon (ce qui n’est pas faux). Cependant ma passion pour le rap était très forte et puis tout le monde était dedans à l’époque. D’ailleurs, qu’est-ce que notre jeunesse avait comme divertissement à part regarder les clips à la télé? On n’avait rien. Libreville a toujours été un désert de divertissement….Ce qui a par contre été un déclencheur avait été une suggestion par un cousin qui s’appelle Carl, lui aussi passionné de rap. Il m’avait dit «je veux monter un groupe de rap et je veux que tu en fasses partie», tout est parti de là, d’une simple phrase. Avant ça je connaissais bien le rap mais je n’avais jamais pensé à en faire.

WAZEMUSIC: Quand on voit comment le rap a évolué, pourquoi se cantonner dans un registre oldschool, n’est-il pas un peu has-been?

RICKY: Tout dépend de ce qu’on entend par old school et new school et il faut bien connaître le rap pour aborder ce sujet. C’est comme si tu me demandais s’il n’est pas has-been de porter des polos comme je le fais souvent alors que la mode est aux débardeurs et aux slims; ou bien comme si tu me demandais si ce n’est pas has-been de garder mon corps sans tatouage alors que c’est à la mode. La réponse est toute simple: mon identité prime sur les tendances, je suis un passionné de rap des années 90 et il faut des gens pour conserver ce son afin qu’on se rappelle de comment le rap sonne en principe. On ne va pas tous faire de l’auto-tune, on ne va pas tous jouer aux chanteurs nigérians….Et puis Nas est arrivé dans les années 90 en remettant au goût du jour le style de Slick Rick, Rakim, Kool G Rap et Big Daddy Kane….Le Wu-Tang était une rénovation de Public Enemy et d’EPMD….Eminem a refait du Ice Cube, du Biggie, du Slick Rick et du Nas…Donc on construit toujours avec le passé. Les gabonais parlent de ce truc de Old et de New School comme s’ils étaient américains. C’est à New York que ça se passe, eux ils ont inventé quelle école? C’est quoi le rap gabonais, son identité?

WAZEMUSIC: Justement que peux-tu nous dire à propos de ce rap gabonais?

RICKY: Franchement, le rap gabonais ne m’intéresse plus et puis pourquoi il m’intéresserait? Ses acteurs font quoi pour moi? Quel animateur m’a soutenu à part Joe da crazy boy et DLK à une époque. Personne n’aime Ricky parce qu’il représente la rigueur et le sérieux dans un pays de médiocrité. J’ai eu beaucoup de patience par rapport à tout ce monde là mais maintenant je suis fatigué et je fais juste mon truc de mon côté. Je continue à creuser mon style, à faire des apparitions épisodiques en attendant que tous ces clowns quittent la scène les uns après les autres…  

WAZEMUSIC: Et ce style est présent sur le projet « L’art de raconter des histoires » c’est quoi exactement?

RICKY: « L’art de raconter des histoires » est une large démonstration de style. C’est un album dans lequel je déploie mes capacités de narrateur et d’observateur de la société gabonaise. Cependant, j’ai veillé à ce que l’album ait en même temps une saveur internationale, c’est-à dire française et américaine.

WAZEMUSIC: Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment?

RICKY: En ce moment j’écoute DMX, RAKIM, LL COOL J, COLD CRUSH BROTHERS, UTFO, 2PAC, JAY Z, ICE T et GANGSTAAR. Je télécharge tous les albums que je ne pouvais pas m’acheter à l’époque…

WAZEMUSIC: Quelle est ton expression préférée en argo gaboma?

RICKY: Mon expression gabonaise préférée est « émergence », je l’entends tellement partout que j’ai fini par l’aimer et par y croire…Apparemment d’ici 10 ans, on sera comme Dubaï et Singapour, il n’y aura plus de mapanes, plus d’embouteillages, plus de crimes rituels, plus de grèves, plus de problèmes…J’espère être encore en vie pour voir ça.

WAZEMUSIC: Merci RICKY, ton mot de fin ?

RICKY: La musique c’est fait pour les artistes originaux, pas pour les imitateurs, les gens qui ne savent pas quoi faire de leur vie. Si vous n’avez plus rien à dire, quittez la scène et laissez faire les gens qui rappent mieux que vous….                                                                     

publié le 21/02/2015                                                                                                                              

Donne ton avis

Passionné de musique et de TIC, avant-gardiste dans la diffusion des contenus ; milite pour la musique urbaine gabonaise.

Réagissez à cet article

Please enter your comment!
Please enter your name here