RODA N’NO : « C’est une force et une valeur ajoutée de chanter en langue »

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RODA N’NO est un rappeur originaire de la province de l’Ogooué-Ivindo, c’est au début des années 2000 qu’il commence une carrière dans le rap avec son groupe 6eme CîME en compagnie de DIGOLS et BUBAL. En observant le game, le trio décide de rapper en langue vernaculaire pour marquer leur originalité. Et c’est à MKK (Makoukou) que RODA N’NO et ses deux compères prennent l’envole pour atteindre Libreville et tout le pays.

C’est sa rencontre avec LORD EKOMY NDONG qui le décide à lancer sa carrière solo tout en rappant exclusivement en langue FANG, on peut ainsi découvrir des titres tels que « Mayi », « N’no Missoune » sorti en 2013 ; on retrouve aussi RODA en collaboration avec les MIMBYASS sur le titre « Si Ye Dzô » sorti en 2014 et avec JAE MAF sur « Nyä Adzô » sorti en 2017.

Aujourd’hui le rappeur atypique nous revient avec plusieurs projets, notamment l’album de 6eme CîME déjà dans le four et prêt à être dégusté. RODA N’NO nous a accordé cette interview et se livre à cœur ouvert.

WAZEMUSIC : Bonjour RODA N’NO bienvenue sur WAZEMUSIC. Tu as commencé le rap au début des années 90, comment t’es venue l’idée de rapper exclusivement en FANG ?

RODA N’NO : Bonjour, merci de m’accueillir au sein de votre structure. Pour répondre à votre première question, je commencerai par rappeler que le rap ne fait pas partie de notre culture, c’est une musique importée des États-Unis et ça a influencé l’Afrique notamment le Gabon.

J’ai commencé le rap à l’intérieur du pays, influencé par mes grands frères qui faisaient déjà du rap. Je rappais en français, et un jour j’ai fait écouter un single de mon groupe à une de mes grands-mères, elle n’a pas reconnu ma voix dans mon couplet. Pourtant je rappais en français. J’ai compris à la fin que la barrière c’était la langue et non ma voix puisqu’elle n’avait jamais changé.

Mais cette décision de rapper exclusivement en langue s’est matérialisée lors de ma rencontre avec LORD EKOMY NDONG. Notre groupe 6eme CîME rappait d’abord en français, puis avec la signature de BUBAL chez ZORBAM, nous sommes allés enregistrer un titre au studio ZORBAM, LORD EKOMY NDONG a écouté mon couplet en langue. Il a apprécié et il a proposé de me produire à une seule condition : je dois rapper exclusivement en langue.

WAZEMUSIC : RODA N’NO est le premier rappeur gabonais dont les textes ont fait l’objet d’une étude anthropologique de la part de l’anthropologue Alice ATERIANUS-OWANGA, et par la suite vous avez publié le recueil de textes en langue NZAMAN « AKAMAYONG NKEMEYONG » chez l’Harmattan, comment s’est passée votre rencontre ? Et quel est ton sentiment au regard de tout ça ?

RODA N’NO : Alice et moi on s’est rencontré lors de ses enquêtes anthropologiques, elle faisait des recherches sur les démarches artistiques des rappeurs. Elle a rencontré tous les rappeurs gabonais du plus grand au plus petit. Lorsqu’elle m’a rencontré, elle m’a expliqué ce qu’elle voulait faire et elle a décidé de s’arrêter sur moi du fait de la singularité de ma démarche artistique.

Le fait que je rap exclusivement en Fang NZAMAN, le fang qui est parlé dans l’Ogooué-Ivindo. C’était pour elle une façon d’entrer dans ma vie artistique et d’apprendre aussi ma langue et la divulguer au-delà du disque, c’est ce qui a donné cet ouvrage « AKAMAYONG NKEMEYONG ».

C’est le double album qui a donné cet ouvrage. Au début, nous faisions des traductions simples des textes, mais nous avions remarqué qu’il y avait des non-sens. Elle voulait rendre nos traductions fidèles et nous avions ajouté des commentaires. Les simples traductions ne suffisaient pas, elle m’a proposé d’en faire une œuvre littéraire.

Nous avions proposé les textes au Professeur Joseph TONDA qui a trouvé un intérêt sociologique et a écrit un chapitre dans l’ouvrage. Au début je n’y comprenais rien de tout ça mais je me suis intéressé petit à petit. C’est un livre susceptible d’intéresser les gens qui sont passionnés de littérature et d’oralité.

WAZEMUSIC : l’ouvrage est disponible où au Gabon ?

RODA N’NO : Il est disponible à la librairie de l’Université Omar BONGO. Car au Gabon nous avons un problème la maison d’édition l’harmattan existe en Afrique de l’Ouest, dans les pays de l’Afrique Centrale sauf au Gabon. Nous leur avions demandé pourquoi, ils nous ont dit tout simplement parce que les gabonais ne produisent pas. C’est la triste réalité.

WAZEMUSIC : Parle nous un peu de 6eme CîME, le groupe existe-il encore ?

RODA N’NO : Le groupe 6eme CîME est né à Makoukou dans l’Ogooué-Ivindo, c’est un groupe créé par les amis d’enfance, composé d’un Fang, un Kuélé et d’un Punu. C’est-à-dire moi, DIGOLS et BUBAL. Nous avons appris ensemble et nous nous sommes intéressés au rap grâce à nos grands frères qui le pratiquaient déjà.

Alors, nous avions créé 6eme CîME en 2000, et en observant les rappeurs de 1996 à 2000, on a remarqué qu’il n’y avait que les rappeurs de la Côte Ouest et COMMUNAUTÉ BLACK qui faisaient du rap en langue. On était fous du rap Américain mais on a voulu apporter une touche particulière à notre rap donc on a décidé de rapper comme des Américains mais en langue.

Le groupe 6eme CîME existe toujours, nous sommes d’abord des amis d’enfance avant d’être un groupe. Pour votre gouverne, le groupe 6eme CîME vient d’ailleurs de terminer un album produit par TROMATIX.

WAZEMUSIC : Quelles sont les difficultés que vous aviez rencontré en chantant en langue ?

RODA N’NO : La première difficulté c’est que le Gabon n’a pas de langue Nationale comme au Congo ou au Sénégal où ils ont au moins une langue commune. Je rap en Fang, le Punu ne pourra pas comprendre ce que je dis, si vous n’êtes pas assez fort vous pouvez vous arrêter là et continuer en Français.

Mais comme ANNIE FLORE BATCHIELILLYS a dit : « la diversité est une richesse », cela nous pousse à continuer. Les meilleurs artistes gabonais sont ceux qui ont chanté dans leurs langues je pense notamment au défunt OLIVER NGOMA qui a chanté en Lumbu pendant toute sa carrière. Je crois que c’est une force, une valeur ajoutée de chanter en langue.

WAZEMUSIC : Que penses-tu de la nouvelle génération des rappeurs gabonais ?

RODA N’NO : Chaque société évolue avec son temps. C’est à nous de décider de parler de sexe, de drogue, de politique etc. c’est à nous de choisir le langage. Je pense qu’on peut parler de sexe en utilisant d’autres éléments de langage. Mais tout est bon à prendre car il faut de tout pour faire un monde.

WAZEMUSIC : Quels sont tes projets ?

RODA N’NO : En ce moment, j’ai une mixtape solo déjà prête et deux vidéos déjà disponibles mais pas encore diffusées. Mais j’ai dû stopper pour me concentrer sur l’album du groupe. Dans l’immédiat c’est l’album de 6eme CîME qui sortira.

Nouveauté : Ngeng Nyole (Télécharger ici)

WAZEMUSIC : Merci RODA ton mot de fin ?

RODA N’NO : Merci à Wazemusic, les initiatives de ce genre sont rares dans le game, restez à l’affut pour la sortie de l’album de 6eme CîME.

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Acteur social, passionné des langues , des cultures urbaines et des Technologies de l'Information et de la Communication.

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