SIMA NDONG : « Le groupe Hayo’e était une imposture »

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WAZEMUSIC : Bonjour SIMA NDONG, les caciques du rap te connaissent mais les plus jeunes ne se retrouvent pas. Peux-tu brièvement te présenter auprès de nos wazenautes ?

SIMA NDONG : Bonjour à vous, merci   pour l’intérêt que vous me portez. Selon ma biographie, j’ai débuté le rap en tant qu’expression orale en 1990, mais je baigne dans la culture hip hop par la danse depuis 1987 : c’est à dire que je fais partie de la 2e catégorie de la première génération des rappeurs du Gabon…

WAZEMUSIC : Ton nom de scène était Ken Kiz, puis Ken Sima et maintenant SIMA NDONG. Pourquoi ces changements de noms ?

SIMA NDONG : A propos de mon nom, j’ai commencé à rapper sous le nom de « Ken Kiz » c’est vrai, comme dans tout début on est flashé, blazé par les noms des premiers rappeurs des USA et l’hexagone qu’on avait découvert.

Le temps passant, on mûrit et s’assagit dans la musique donc on vit une remise en question, en se demandant « qui sommes-nous ? », de quelle culture et tradition nous sommes issus? Nous sommes allés apprendre à parler et écrire le français à l’école mais nous ne sommes pas des français, pas des blancs, alors on doit représenter et valoriser notre culture et tradition à travers la musique.

Pour des déracinés qui sont depuis longtemps coupés et séparés de leurs origines, cette démarche les réconcilie avec leurs ancêtres. Car pour ceux qui ne savent pas ou pour les incrédules douteux, peureux qui ne croient pas en l’ancestralité, qu’ils sachent que les morts ne sont pas morts.

Ils sont là souvent à nos côtés même quand on ne sait pas .Ils se fâchent souvent contre nous lorsqu’on les déçoit, on les attriste par nos comportements déshonorants notre origine. Donc c’est pour dire que j’ai rayé « Ken Kiz » car ce nom ne veut rien dire, un nom doit signifier quelque chose, de fort et bien…

Alors je me suis rappelé que mon nom est beau et qu’il signifie (la pensée et la maîtrise) et ça a tellement de sens avec la musique que je fais…j’ai pensé à mon père, mon grand-père que je n’ai pas connu ainsi de suite, j’ai imaginé à quel point il peut être fâché contre moi de me voir porter un nom dans lequel il ne se retrouve pas.

Je m’adresse aux jeunes gabonais qui ont grandi dans la honte de ce qu’ils sont, leurs noms, langues etc., ils ne savent pas que ça fâche grave les ancêtres et que c’est parfois cela qui bloque nos vies et ne permet pas notre épanouissement…

WAZEMUISIC : Tu es le frère cadet d’une légende du rap gabonais Dr. MEDANG ONE, t’est-il venu à l’esprit d’utiliser ce buzz pour lancer pleinement ta carrière ?

SIMA NDONG : Pour ceux qui me fréquentent, qui me connaissent de près ou de loin peuvent vraiment en témoigner, si j’ai déjà même prononcé un jour quelque part que je suis le cadet de ce dernier. Je me cache même, j’essaye de passer inaperçu…

Et je n’ai jamais eu besoin d’utiliser son image pour me placer, au grand jamais ! Demandez-au grand JESSY MBA MINKO (Matonghé bidass) à BEKALE ENEME OU MC ESSONE. Lui et moi sommes très différents, môt ba’môt b’ésse avual dâ,be Fâng biale abûm dâm (les hommes ne sont pas pareils même s’ils sont des frères utérins).

WAZEMUSIC : A cette époque tu étais déjà dans le mouvement hip hop en tant que breakeur puis rappeur, était-ce difficile d’évoluer dans l’ombre de ton frère qui était déjà une star dans le rap ?

SIMA NDONG : Le temps où j’ai dansé est passé depuis longtemps, et c’est la même époque où le grand frère et WY-GEE dansaient aussi. Le truc c’est qu’ils s’étaient mis dans le rap pendant que moi j’étais encore resté à danser. Donc eux ils avaient beaucoup transpiré pour mettre le train en marche avec I.Z.B MC’S par l’arrivée de Mr TOMY.DEE.

En plus, l’époque il y avait moins de studios d’enregistrement comme aujourd’hui, donc pas de réels producteurs. Ce qui avait même fait des sorties tardives d’albums pour certains anciens groupes notamment Syndikat des Kayas!

Et quand Syndikat des Kayas sort son premier album, le SIYAPO’OSSI X n’était plus en activité. Donc il n’y a pas eu de croisement sur le terrain rapologique puisque Syndikat vivait sa saison maintenant…

WAZEMUSIC : Ta discographie est assez fournie, nous retenons les projets les plus importants comme les deux albums avec ton premier groupe SDK (Syndicat des Kayas), un album avec POETES FYZIKS, un album solo « Mémorial » et un maxi single « Biadzo Ye? » disponible dans les plateformes de téléchargement. Peux-tu nous faire un bref bilan de ces projets?

SIMA NDONG : Avec les deux disques de S.D.K, c’était une école, une expérience nationale.

Avec POETES FYZIKS c’était une autre à l’international truffée de forts moments, de fortes pressions, sentir à quel point c’est vertigineux de se chercher sur un terrain international, d’où la remise en question «Qu’est-ce qu’on va donner aux consommateurs ? ».

« Mémorial » est une sorte de disque « mise en jambe » car après 4 années d’absence rapologique à Libreville, je me devais de faire un truc mise en jambe histoire de me réactualiser.

En fait le vrai souci était que le nouveau public, très jeune, ne me connaissait pas. C’est pourquoi le producteur de l’œuvre m’avait proposé qu’on le sorte en téléchargement libre.

Donc « Mémorial » est pour moi le début de ma bonne métamorphose dans la façon de rapper en Fang…le maxi « BiadzoYe » est une petite transition, le temps de préparer un autre disque avec DJ GMENGA (TENG SOBA).

WAZEMUSIC : Dans l’album « mémorial », le single « Manque de culture hip hop » attire beaucoup notre attention car tu critiques les acteurs du showbiz gabonais et en particulier le groupe MH. Peux-tu nous édifier sur tes réelles motivations sur ces piques ?

SIMA NDONG : Dans ce pays, on n’a pas cessé de crier cela. Les gens jouent avec la culture hip hop et font un abus de langage, je m’adresse aux soit disant médias hip hop qui ont fracturé le rap. Le temps a révélé leur ignorance en la culture hip hop qu’ils prétendaient connaitre.

Ce n’est pas parce qu’on fait de la radio et qu’on a appris à parler anglais à l’U.O.B et qu’on vienne débouler cet anglais en radio qui fait de toi un mec du hip hop. Joe Da foutu boy a fini où aujourd’hui ? On ne se fout pas de la musique rap sans subir des dommages…

Ce qu’on vous conseil c’est de vous spécialiser au rap comme on le voit dans les Pays où le rap ne connait pas le genre de problème qu’il connait au Gabon. Il est out control, le politique exerce sur son terrain et l’artistique sur le sien et tout ira bien…

Il y a un média rap, un média pop, un média reggae, un média zouk etc. avec ses différents publics, différents événements, concerts, mais vous, quel choix faites-vous ici pour que nous ne vivions plus ce problème ? Pour MH, il faut savoir que c’est des collègues du milieu rap depuis deux décennies, on a tourné ensemble dans les recoins de LBV, tous aux côtés de SIYAPOSSI.

Je leur reprochais juste une petite chose et c’était à une époque, ce n’est plus important today, sinon c’est un groupe qui a connu le rap que moi j’ai connu donc ils ont quelque chose de « Rap » selon leur direction artistique.

Et aujourd’hui on s’est même découvert un lien de parenté tribale, donc aucun souci, mais le message de ce morceau s’adresse bien aux imposteurs qui ont manqué de respect au rap et que le rap a mal baisé en retour aussi comme le groupe HAYO’E!

WAZEMUSIC : Aujourd’hui un nouvel album est en préparation et le single « Bibeledzom « est l’un des extraits peux-tu nous en dire plus sur cet album ? Qui seront les invites ?

SIMA NDONG : Pour mon 2e album à venir, des invités sur un seul et long titre mais silence…

WAZEMUSIC : Que penses-tu du phénomène musical qui consiste à chanter sur les thèmes comme goudroniers, bordellerie, cobolos…?

SIMA NDONG : J’en rigole par ce que je sais que ces jeunes n’ont pas un lien avec le rap car ils sont passagers, tout comme je l’avais prédit par rapport au groupe HAYOE.

J’avais dit à Keurtyce et DOM’KRUMAH en 2001 que ce groupe est une imposture, il brigue le titre du groupe le plus censuré par un léger titre mais demain il ne sera plus. Je l’avais dit et à mon retour du Burkina-Faso j’ai trouvé la dislocation.

Donc les jeunes qui rappent goudronniers etc, ils en ont le droit, tant que ça alimente l’ivrognerie pour ceux qui squattent les bars des périphéries Librevilloise, il n’y a pas problème. Ils ne tiendront pas 28 années comme moi, M.H ou Ba’ponga…c’est ceux qui en ont fait un métier qui traversent les époques.

WAZEMUSIC : En parlant de nouvelle génération quels sont les jeunes que tu écoutes en ce moment ?

SIMA NDONG : Je n’écoute rien vu qu’il n’y a pas d’âme, pas d’identité, sauf MC ESSONE, il y a aussi OKOSS, enfin, je ne prête plus l’oreille à ce qui est dit rap du Gabon.

WAZEMUSIC : Ton mot de fin pour les wazenautes ?

SIMA NDONG : Je crois que ça va avec son époque d’être wazenautes, mais waznaute n’est qu’une casquette, vous êtes des humains avec des sensibilités, vous aimez la musique sachez éduquer vos oreilles à écouter la musique en général afin d’avoir une culture musicale puis à propos du rap, réapprenez à bien écouter, de distinguer les catégories de rap afin de bien suivre un artiste et d’acheter ses œuvres.

Retrouvez le goût de fréquenter les spectacles et concerts lorsqu’on en fera. Achetez le maxi « Biadzoye » il va vous enraciner. Et merci à WazeMusic pour cette interview, je profite aussi à remercier mon équipe : G MENGA, JESSY MBA, SOMEZA, NATURAL RAS, NGONGULL, MC ESSONE. L’album à venir s’annonce lourd !

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Acteur social, passionné des langues , des cultures urbaines et des Technologies de l'Information et de la Communication.

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