Studio LAKAMA, le dernier bastion du rap gabonais.

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«Donne-moi du papier, un stylo, un micro on entre en studio, on te lâche un mauvais morceau ». Si cette phrase ne vous dit rien du tout ne vous inquiétez pas ! Vous n’êtes sûrement pas en possession du maxi « 3e Mi-Temps » du rappeur engagé Keurtyce E. Ce maxi fait partie des chef-d’œuvres du Studio LAKAMA, un studio qui ne ménage aucun effort afin de soutenir les artistes qui dépeignent avec niaque les réalités du pays.

A l’heure où la crème du rap verse dans la chansonnette et les producteurs investissent dans les nouvelles tendances musicales, le studio LAKAMA préfère garder le rap dans son essence originelle. Cette semaine, nous allons nous intéresser à cette structure musicale qui fait de la « résistance hip hop » une affaire sérieuse.

Des débuts difficiles.

Crée en 2004 par Ivan Ameha Kossi et Fafull (ex BlackSouffrance du groupe Nègre Africaine Fierté), tous les deux artistes signés chez FUNKIMVETT et étudiants à l’Université Omar Bongo à cette époque. Ayant reçu sa bourse du mois de juillet de cette même année, Ameha Kossi s’acheta un ordinateur et créa ses premières prods sur Fruityloop.

La première prod intitulée  « nos plaies ne cicatrisent pas » que ce dernier jugeait satisfaisante était dédiée à la compile « Hostile » de FUNKIMVETT malheureusement elle n’avait pas été retenue. Cette compile vit la participation des grands noms du  rap actuel tels que KIFFRA L, Da Shot Gun, Fafulletc…

Son album intitulé « D.I.E.U » (Donc Il Est Unique) produit à 90%  par l’artiste lui-même ne vit pas le  jour. Cependant Ameha Kossi prit la peine de clipper deux singles dont « une saison au Togo » en collaboration avec Keurtyce E et « génocide intellectuel ».

Malgré cet échec, Ameha Kossi ne s’arrêta pas là il enregistra un deuxième album « le cœur de l’homme » au Bénin mais seulement quelques singles furent diffusés au Gabon  dans les radios locales à l’instar des titres comme « le cœur de l’homme » ou encore « où sont mes droits ». Ameha Kossi fit des prods pour plusieurs autres artistes mais ces albums ne sont jamais sortis. Les raisons de ces nombreux échecs au début peuvent se justifier par le manque de moyens, le laxisme de certains artistes ou encore le manque d’expérience à cette époque.

Ameha Kossi et Tony Ralph (Manager de WazeMusic)

Événement de taille.

Nous savons tous que c’est en écoutant le single « Ozang » extrait de l’album « Mémorial » de Ken Kiz (SIMA NDONG) que nous entendîmes le mot « événement de taille –  moradzam» pour la première fois. Ce mot devint en effet l’identifiant d’un puissant label qui est actuellement  l’épicentre du « vrai rap gabonais ».

Pour la petite histoire, ce slogan « événement de taille – mouradzam » est inspiré des vannes de DOUBLE P du légendaire SIYAPOSSI X.  En effet, lorsque ce dernier appréciait un son ou une prod, il s’exclamait toujours en ces termes : « moradzam ! », « événement de taille ! ». C’est ainsi, pour rendre hommage à leur aîné, Ameha Kossi  et ses frères s’approprièrent  ces termes et créèrent le label MOURADZAM ÉVÉNEMENT DE TAILLE.

Il est important de clarifier l’organisation de cette structure qui semble inaccessible aux yeux du grand public. Le label MOURADZAM ÉVÉNEMENT DE TAILLE englobe en son sein le studio LAKAMA pour les prises de voix, mixage, mastering et la section beatmaking IN GOD WE TRUST MUSIC.

Le label actuellement ne dispose que de deux artistes : KEURTYCE E et le jeune prodige MC ESSONE. Ces deux rappeurs ont mis en valeur leur écurie avec leurs albums. Ce label regorge des artistes prolifiques c’est  l’une des principales forces de cette structure musicale.

Les projets sortis sous les couleurs du label sont en fait le maxi 3e MI-TEMPS, le double Album KEURTYCE VS ESSAMKWASS, le maxi Tournons la page de Keutyce E. Nous avons aussi l’album MC Culotte Babouche de MC Essone. Le label a en perspective la sortie d’un album inédit de Keurtyce, une compile intitulée « dans le madouaks  vol1 » et MC Essone est en studio en ce moment pour un deuxième album.

Le dernier bastion du rap gabonais.

Le studio LAKAMA est beaucoup sollicité par les rappeurs engagés. On peut dire sans hésiter que ce studio fait dans du social pour donner l’occasion à ceux qui désirent faire du rap une affaire sérieuse de mettre en exergue leur talent.

A l’heure où les inégalités sociales, l’impunité et l’insécurité augmentent de façon exponentielle dans le pays, seul le studio LAKAMA ouvre ses portes et  cède son  « matos » aux artistes qui veulent dénoncer ces maux.

Face à l’évolution du rap, les artistes émergeant de cette écurie restent sur les fondamentaux  du rap. Laisser plus de place au texte qu’à la musique afin de faire passer le message. C’est dans cette optique que Sima NDONG (ex Ken Kiz), rappeur et proche des membres du label  dit : « la musique doit à sa manière réparer les fissures de l’éducation ».  Son album « Mémorial » et son nouveau maxi single « biadzoye » ont été coproduits par Ameha Kossi du Studio LAKAMA et LA LUMIERE DE L’OBSCURITE.

Il n’est nullement question d’oublier les autres rappeurs engagés dans cette chronique. Nous pensions tout simplement à nous focaliser sur LAKAMA dont la particularité est de faire ses activités au pays avec des moyens limités. La structure ne s’est pas affaiblie avec l’exil de l’un de ses artistes KEURTYCE E au contraire elle augmente en notoriété  avec la sortie de MAPANE INSUREXXION de KYUBI ou encore la sortie prochaine de l’album du rappeur NATURAL RAS qui verra la participation de plusieurs rappeurs étrangers.

Comme nous le disions plus haut, le studio LAKAMA est devenu au fil du temps l’épicentre du rap engagé sur le plan local. Sachant bien qu’il y a d’autres écuries qui exercent mais ces dernières ne sont pas installées au pays. Donc il est plus facile pour eux de s’égosiller à l’étranger sans être inquiétés. Nous savons ce que ça fait d’être un rappeur engagé au pays. Toutes les stratégies sont mises en place pour vous éteindre ceci passe par le boycott. Alors il faut être téméraire de ne produire que du rap engagé et c’est ce choix qu’Ameha Kossi et ses amis ont fait.

En outre, le studio LAKAMA est le seul studio à sortir régulièrement des albums ces dernières années. Nous apprécions beaucoup cette constance lorsque les autres structures musicales n’investissent que dans des singles et maxi. A LAKAMA on n’est pas paresseux, les producteurs de cette structure musicale ont beaucoup appris du passé. Le studio connait quelques difficultés concernant le matériel. Il est urgent pour eux de rénover le matériel du studio.

Ne disposant que des moyens de bord, Ameha Kossi semble remuer ciel et terre afin de maintenir son studio en forme. Ce qui est étonnant c’est que beaucoup dans son entourage se targuent d’être des artistes proches du Label mais restent indifférents face aux difficultés que rencontre le studio. Si certains commençaient par participer à l’achat d’un micro ce serait un bon départ.

Malgré ces quelques difficultés, LAKAMA n’est pas prête à fermer ses portes loin de là ! nous avons cet espoir que ses dirigeants continueront à nous apporter « une vision révolutionnaire  dans le milieu artistique »

 

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Acteur social, passionné des langues , des cultures urbaines et des Technologies de l'Information et de la Communication.

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